MODERNITÉ SÉCULIÈRE ET IDENTITÉ RELIGIEUSE:
Antonio Gualtieri (1)
L'AFFAIRE DU TURBAN SIKH À LA GENDARMERIE ROYALE DU CANADA
Le point de départ de cet article (2) est
le fait que l'on ait récemment permis l'ajout d'un élément appartenant
à une tradition religieuse particulière à l'uniforme de la Gendarmerie Royale
du Canada - en l'occurrence le turban - pour les membres de cette force policière appartenant
à la religion sikh. À première vue, cette initiative peut apparaître comme
un effort moralement et socialement louable dans un contexte d'ouverture au pluralisme culturel et dans
le respect de l'identité de personnes appartenant à divers horizons culturels. Je
prétends toutefois que ce geste a été posé de manière
irréfléchie et que ses implications religieuses et sociales pour une société
officiellement multiculturelle- comme l'est la société canadienne - n'ont pas
été perçues adéquatement.
Symboles et diverstié culturelle
Il est important de clarifier dès le départ que nous parlons ici
de la nature et de la fonction des symboles religieux. Les croix, les turbans et les
autres signes d'appartenance religieuse ne sont pas de simples
éléments décoratifs; ils comptent beaucoup pour les personnes
qui les utilisent, étant donné la signification personnelle et morale
que la communauté d'appartenance leur impute. Un symbole religieux est
en quelque sorte le condensé d'une "vérité" (putative); il
évoque une vision du monde, c'est-à-dire une compréhension
de l'ultime, de l'être humain, de l'histoire, et de la nature. De plus, les symboles
religieux véhiculent des valeurs qui sont compatibles avec cette
compréhension de la réalité. Les visions du monde et des
valeurs, par la suite, dictent ou induisent des balises d'action au plan de la morale
personnelle et à celui des rapports sociaux.
Le processus de communication des symboles religieux est présent à
divers niveaux. Premièrement, au niveau de l'auto-expression d'une
communauté de foi. Lorsque les chrétiens portent une croix, par
exemple, ils témoignent de leur foi en la réalité d'un amour
inconditionnel, pouvant aller jusqu'au sacrifice, présent au cour de l'univers.
Il s'agit là d'un message sur la vérité du pouvoir ultime qui
sous-tend et détermine la destinée humaine. Il en découle
une valorisation normative de l'amour désintéressé et de l'e
ngagement dans un mode de vie qui incarne cet amour.
L'expérience religieuse de l'humanité se manifeste dans une
diversité d'expressions symboliques. De plus, elle présente une
diversité de visions du monde et de valeurs, qui sont portées par ces divers
systèmes symboliques. Qu'une telle diversité soit manifeste ou non
est un enjeu qui doit être évalué dans chaque cas particulier.
Mais il n'est pas question ici d'en faire un point essentiel de l'argumentation; cela n'
a pour but que d'attirer l'attention sur la complexité du problème.
En second lieu, la communication symbolique se fait par des interactions
avec ceux qui se situent au-dehors de la communauté adhérant à
tel ou tel symbole. Les résultats sont souvent à l'opposé de
ce que les personnes croyantes désirent. Ainsi, par exemple, les
chrétiens devraient tenter d'expliquer à des musulmans dévôts ce
qu'ils entendent lorsqu'ils prient ainsi, au cours de l'Eucharistie: "Accorde-nous, Dieu
de bonté, lorsque nous mangerons ta chair et boirons ton sang...". À
certaines oreilles non-chrétiennes, cela semblera embarrassant, pénible,
sacrilège même - voir assimilable à du cannibalisme envers un
être divin. Je veux montrer ici que des symboles religieux particuliers peuvent
communiquer des messages différents de leur signification initiale à
ceux qui ne partagent pas l'univers symbolique d'où ils émergent. Les
conséquences peuvent être anodines ou amusantes; elles peuvent
aussi être désastreuses.
On peut certes se demander ce que représente le turban sikh pour la majorité
des Canadiens qui ne sont pas familiers avec ce symbole. Je crois qu'en général
la chose est vue de manière plutôt positive, en partie à
cause de l'héritage de l'Empire britannique encore présent dans ce
pays, et du rôle courageux qu'ont joué les soldats sikhs au cours de plusieur conflits armés.
Un autre niveau de communication symbolique doit toutefois être
considéré. Et nous en venons ici au cour du problème. Faisons d'abord
une distinction entre l'État qui accorde une grande latitude quant
aux pratiques religieuses dans la société en général, et l'
entrée subreptice de symboles religieux dans les institutions qui symbolisent
et rendent effectif l'ordre civil non-sectaire. Un nouveau système de
communication est instauré lorsqu'on admet ainsi, mine de rien, un symbole religieux
particulier parmi les symboles de l'ordre civil.
En conséquence, on peut discerner trois ensembles de symboles dans
la situation ainsi créée: (1) un symbole sikh (le turban) avec ses significations
religieuses spécifiques; (2) un symbole de la société civile
séculière (l'uniforme de la GRC); (3) un symbole hybride, enfin,
c'est-à-dire l'uniforme de la GRC avec un turban chargé de signification
religieuse qui remplace le traditionnel stetson. Or ce symbole hybride diminue - ou risque
de diminuer - la portée du symbole séculier d'origine, axé sur
l'égalité de tous les citoyens devant la Loi, cette égalité
étant fondée sur des règles sociales objectives et sur
l'impartialité de leur application.
On peut certes se demander jusqu'où va notre responsabilité
par rapport incompréhensions des autres. L'histoire montre en tout cas que
les relations inter-religieuses sont farcies d'échecs communicationnels. Quoi
qu'il en soit, les conséquences néfastes possibles de signaux
embrouillés pour des institutions au service de tous les citoyens d'une société
multiculturelle doivent être prises en compte avant l'ajout irréfléchi
d'éléments religieux spécifiques.
Remarquons ceci: le turban est porteur de significations sikhs particulières,
dont la communauté est le dernier juge. Toutefois, en soustrayant les sikhs
Khalsa aux exigences du code vestimentaire uniforme, la tolérance du
turban peut aussi symboliser la légitimité de l'intrusion d'une religion
particulière dans le symbole séculier et neutre qu'est l'uniforme de la GRC.
Même s'il n'y avait pas de conflit inhérent entre la vision du monde
évoquée par ce symbole sikh et l'orientation séculière
signifiée par l'uniforme de la police, il y a toujours possibilité de conflit
et de confusion au niveau de la symbolisation hybride. Le message que l'uniforme
historique envoie est celui de l'impartialité et de l'égale application
des lois pour tous les citoyens et tous les groupe religieux dans une société
multiculturelle. L'uniforme "religieusement altéré" (religiously
augmented) envoie un message brouillé qui pourrait signifier un privilège
religieux - ce qui occulterait alors l'idée originale d'impartialité
et de neutralité envers tous les sous-groupes qui constituent une
société multiculturelle.
Symboles et modernité sécularisée
Les religions sont essentiellement théocratiques - sinon littéralement,
du moins de manière métaphorique. Il y a lieu d'entendre
par là que la visée inhérente des religions est de tendre vers
l'hégémonie,
vers la conformité de toutes les institutions sociales et politiques à
l'autorité sacrée d'une tradition religieuse. Les mouvements monastiques,
méditatifs et mystiques sont les exceptions qui confirment la règle,
de par leur statut marginal et a-typique. Lorsque les religions sont théocratiques
au sens strict, elles cherchent à imposer un cadre social révélé
et prescrit à la société dans son entier. Les
idéaux de la société juive théocratique, de la
société musulmane gouvernée par la Shari'ah ou encore la vision
médiévale de la Chrétienté sont autant d'exemples
éloquents d'un tel désir d'hégémonie réelle.
Même lorsque des religions n'ont pas de croyance explicite en un législateur
et juge suprême, leur visée de base est tout de même de
réguler la société selon leur vision implicite de la réalité
et les valeurs qui y sont rattachées.
Le processus de sécularisation est issu de l'émergence
d'un système symbolique de quelque manière opposé à
celui des religions traditionnelles. Cette nouvelle tradition symbolique tend à se
répandre elle aussi, tout comme les traditions religieuses au sein
des sociétés homogènes (integralist societies) de jadis
- à un point tel que la vision du monde et les valeurs qu'elle véhicule
sont fréquemment présupposées et reconnues de façon
implicite.
Un aspect socio-politique important de la sécularisation est
l'érosion (abandonment) de l'autorité religieuse sur la société
au profit des bureaucraties rationnelles de l'État ou d'autres
institutions séculières. Ce processus est couramment défini, en sociologie,
comme celui de la "différentiation fonctionnelle". Cela signifie
que les discussions sur la relation entre les religions et le processus global de sécularisation
tournent souvent au problème du rapport des religions
traditionnelles avec un État séculier de plus en plus envahissant.
Avec l'émegence de la sécularisation comme source concurrente
d'autorité et de légitimation, les religions traditionnelles ont dû
battre en retraite. L'adhésion religieuse n'est plus un impératif social
mais un choix volontaire. De plus, le nombre des sphères de la vie où
la religion exerce une influence diminue de plus en plus; la religion tend à se
privatiser, au sens où ses lieux premiers d'inscription sont les états
intérieurs de conscience limités aux relations individuelles familiales
ou communautaires. Lorsque les religions traditionnelles veulent influencer les
politiques sociales globales, elles doivent le faire non plus à partir d'un statut
privilégié mais bien dans un contexte qui ressemble à celui d'un
marché où les points de vue sont en compétition les uns
avec les autres. Cette perspective moderne est notamment bien résumée
dans un énoncé du Comité de recherche de l'Assemblée
des Évêques du Québec, datant de 1992:
Les personnes qui adhèrent encore aux religions traditionnelles se trouvent
dans une situation ambiguë, vivant simultanément entre deux mondes
de significations symboliques. Cette tension est souvent amenuisée par
l'infiltration de l'éthos séculier dans la culture religieuse - ce qui rend
ainsi les attitudes et les valeurs des croyants difficiles à distinguer de celles
des personnes sans affiliation religieuse, dont la conscience et la conduite sont
guidées par dse valeurs essentiellement séculières.
Quelles ques soient leurs origines, les institutions, les rituels, la mythologie et l'uniforme
de la GRC sont devenus des éléments symboliques de cette
culture séculière de plus en plus répandue - ou, en d'autres termes,
de cette "religion civile canadienne". Ce que véhiculent les symboles de
la GRC c'est, en gros, l'égalité de toutes les personnes devant la Loi,
la légimité de l'usage moral de la force, et l'objectivité des
régulations sociales applicables impartialement à tous.
Multiculturalisme et diversité religieuse
Des analogies entre la diversité culturelle et le pluralisme religieux peuvent
aider à clarifier le problème. La plupart des Églises (à l'exception
de dénominations conservatrices et fondamentalistes -
particulièrement du côté protestant) sont maintenant ouvertes et promptes à
reconnaître, à différents degrés, que les traditions
religieuses non-chrétiennes peuvent elles aussi être porteuses de salut
et d'une part de "révélation". Cette capacité de reconnaître
une certaine "vérité" dans d'autres traditions n'a pas toujours existé,
c'est le moins qu'on puisse dire. Dans l'histoire, la position dominante a
plutôt été celle de la prétention exclusive du christianisme
à la vérité et la négation de la possibilité de
vérité et de salut dans les autres religions. Que s'est-il passé?
Certains seront tentés de dire que cette nouvelle amitié entre les diverses
traditions de foi est un produit de la logique interne du phénomène
religieux. En fait, le pluralisme religieux, la tolérance et le respect mutuel entre
religions sont bien plutôt apparues dans la foulée de la tolérance
et de la neutralité de la société séculière face
aux diverses prétentions à la vérité des religions.
L'émancipation des juifs du ghetto, par exemple, est un produit des Lumières
- et non un fruit de la "générosité" chrétienne.
Sécularisation et tolérance religieuse
Notons l'ironie de la situation: c'est en effet un mouvement de culture
et de conscience indifférent aux religions traditionelles - et parfois même
méprisant à leur endroit - qui a fourni à celles-ci le cadre
sociétal dans lequel elles peuvent toutes s'exprimer librement et cohabiter pacifiquement
en dépit de leurs divergences.
La sécularisation se développe certes comme un mouvement
autonome ayant ses perspectives et priorités propres. Toutefois, elle remplit tellement
bien les besoins d'une société religieuse pluraliste qu'on pourrait
presque l'imaginer comme étant le résultat d'un conclave inter-religieux
appelé à déterminer l'organisation sociale - de sorte que
celle-ci puisse servir les besoins de toutes les religions, sans possibilité de
domination d'aucune sur les autres. Autrement dit, si la sécularisation n'existait
pas, il faudrait que les diverses communautés religieuses l'inventent afin
d'arriver à une harmonie inter-religieuse!
À l'inverse, là où l'éthos d'une société
séculière est absent, on assiste fréquemment à
l'émergence de conflits religieux - comme ceux qui ont fait rage entre le
catholicisme et le paysleyisme en Ulster, entre musulmans et hindous à Ayodha,
entre sikhs et hindous au Penjab, entre chrétiens et musulmans au Liban, ou
encore entre serbes orthodoxes, croates catholiques et musulmans en Bosnie. Le
massacre de 39 musulmans à la mosquée d'Hébron par un
fondamentaliste juif offre un exemple récent. Le support que Kach, l'auteur de
la tuerie, a reçu de la part de sympathisants israéliens et américains
transforme ce geste isolé et dément en acte idéologico-religieux.
D'autres facteurs, bien sûr, peuvent expliquer ces conflits - tels que
le nationalisme, l'économie ou les classes sociales, par exemple. Il n'empèche:
les loyautés religieuses servent très souvent d'emblème,
de catalyseur et de source de discorde en l'absence d'un puissant éthos
séculier qui empêche toute domination religieuse de la
société.
On voit la conséquence logique de cette analyse: la structure
séculière de compromis (dont la force policière de l'État est
une manifestation) ne devrait pas être compromise par l'introduction irréfléchie
de symboles religieux dans la trame d'une société civile
neutre.
Les contraintes sociales et politiques de la modernité sur les religions
sont le produit historiques de la tendance des diverses religions à créer
un climat de désunion et de conflit par le biais de leurs prétentions
infaillibles à la vérité dogmatique. Le principe territorial
qui voulait atténuer les conflits sauvages après la Réforme
protestante du XVIe siècle en est un exemple. Ce principe, énoncé
lors de la session de clôture de la Diète d'Augsbourg (1555),
était le suivant: cuius regio eius religio. La religion du prince devenait
celle du peuple. On pensait que la paix sociale ne pouvait être instaurée
que sur le fondement de l'unanimité idéologique. Le pluralisme
religieux était alors impensable. La guerre de Trente Ans qui dévasta l'Europe,
fut conclue par le traité de Westphalie en 1648. Ce traité régla
les conflits religieux et la chaos social en décrétant que la
situation prévalant en l'année 1624 serait en quelque sorte l'aune auquel
on déterminerait la religion des territoires donnés.
Alors que, au temps de l'hégémonie sociale de la Chrétienté
médiévale, la participation des juifs à la
société était restreinte - au point où certains métiers
leur étaient interdits; alors que les sociétés islamiques ont s
ouvent imposé aux chrétiens et aux juifs une taxe spéciale,
l'éthos séculier (notamment symbolisé par une force policière
sécularisée) impose pour sa part l'égalité juridique
de tous les croyants et l'impartialité de l'applicaion des lois pour tous.
Aujourd'hui, la modernité séculière s'impose comme
éthos déterminant de la société canadienne. Celle-ci
peut se permettre d'être accueillante pour une multitude de religions divergentes
parce que, au fond, elle n'en prend aucune absolument "au sérieux", étant
donné leurs présupposés épistémologiques
fondés sur une révélation surnaturelle ou une transe
mystique. Pourtant - et c'est pourquoi on peut parler d'ironie - c'est l'éthos
séculier qui favorise le pluralisme religieux authentique, fondé sur l'association
volontaire.
Il est important de reconnaître que lorsqu'on parle de "neutralité"
des institutions séculières, on ne veut pas affirmer qu'elles sont "
sans valeurs". Aussi étonnant que cela puisse paraître à certains,
on peut en effet considérer la dynamique de la sécularité
comme analogue à celle de la religion. Et ce n'est pas parce que la
sécularité implique l'existence de Dieu, tout au contraire. C'est plutôt que
la modernité correspond aux critères d'une définition savante
de la religion dans la mesure où elle propose un ensemble de symboles
qui induisent et expriment la personnalité des gens en vertu de sa vision du
monde, de ses valeurs et des actes auxquels elle confère une légitimité.
Il n'est pas du ressort de notre étude d'esquisser la vision du monde
de la modernité. Contentons-nous de dire que celle-ci est née d'une
révolution cognitive, technologique et téléologique par rapport
aux traditions des diverses religions. Il existe par ailleurs plusieurs variétés
de sécularisme mais, de manière générale, toutes
véhiculent des convictions cosmologiques par rapport au progrès
historique (en termes économiques), par rapport à la nature humaine
(satisfaite par la production matérielle et la consommation), et par rapport aux
vertus de la rationalité (comme étant le mode propre du fonctionnement
humain). En ce qui regarde la diversité religieuse et l'organisation sociale,
notons que la modernité relativise les prétentions de vérité
et de primauté sociale de toute religion selon un idéal
d'impartialité des procédures d'action envers tous les citoyens.
Il est nécessaire de garder à l'esprit que la réalité et
les valeurs communiquées par les symboles d'une communauté de foi
particulière peuvent facilement contredire la vision du monde et des valeurs
portée par les symboles de la "religion séculière" qui
traverse la société civile dans son ensemble. Autrement dit, elles ne
peuvent pas toujours se prêter à une intégration harmonieuse
dans un même uniforme.
Certes, et de toute évidence, l'intégration de symboles religieux
à l'uniforme de la GRC n'ouvre pas la porte à la domination sociale du
groupe à qui appartiennent ces symboles. Et ce ne serait sans doute pas
davantage le cas même si les symboles étaient ceux de la majorité
chrétienne. Toutefois, ce processus peut ouvrir une brèche dans le contrat
social séculier qui existe de facto et qui rend possible l'harmonie sociale
d'une société pluraliste. Le risque encouru est celui de la mise en place
d'un climat de confusion, de suspicion et d'animosité - qui n'existe pas lorsque
les frontières symboliques sont respectées.
Il y a, bien sûr, un prix à payer pour cela. Ainsi, par exemple,
bien des gens seront peinés de voir que le merveilleux récit mythique de
l'incarnation de Dieu dans une étable de Bethléem a été
banni des concerts de Noël dans plusieurs écoles publiques. Il y a
bien sûr un risque inhérent à de telles pratiques, celui du nivellement
et de l'appauvrissement de l'imaginaire. Mais il semble tout de même
nécessaire de payer ce prix et de prendre ce risque si l'on veut préserver
l'impartialité séculière d'institutions cruciales pour le maintient
de la loi, de l'ordre et le l'harmonie sociale dans une société
multiculturelle.
Le slogan ici avancé pourrait dès lors être le suivant: Il faut
exclure le turban (et, mutatis mutandis, tout autre symbole religieux) des institutions
civiles clés - telles que la gendarmerie fédérale et le
système judiciaire - et ce, afin précisément qu'il soit accepté
dans l'ensemble de la société.
Épilogue
Le 8 juillet 1994, l'honorable juge Reed rendit son verdict dans ce qui a
été populairement appelé la cause "GRC vs le turban sikh",
entendue par le tribunal de première instance de Calgary. La magistrate en venait
à la conclusion qu'il n'y avait, constitutionnellement, aucun empêchement
à ce que le commissaire de la GRC permette le port du turban sikh; et
, en conséquence, elle débouta le "Lethbridge RCMP Veterans' Court
Challenge Committee" qui avait porté la cause devant les tribunaux. Les
demandeurs portèrent celle-ci devant la Cour d'appel de Calgary, les 31 mai et
1er juin 1995. Leur appel fut, lui aussi, rejeté.
(1) Antonio Gualtieri est professeur de sciences de la
religion à l'Université Carleton (Ottawa).|Retourner au texte|
(2) NDLR: Cet article a d'abord paru en anglais dans la
revue Policy Options (mars 1995) qui en a
aimablement autorisé la publication en français
dans ce numéro. La traduction été
assumée par Guy Jobin, étudiant à
l'Université Saint-Paul (Ottawa), et
révisée par la Rédaction.|Retourner au texte|