LES CHRÉTIENS CÉLESTES.
René St-Germain (1)
DESCRIPTION D'UNE ÉGLISE INDÉPENDANTE AFRICAINE
Samuel Biléou Joseph Oschoffa est l'un des milliers de "prophètes
noirs" à avoir fondé une Église indépendante africaine
, l'Église du Christianisme Céleste. Pour ses disciples, c'est un
prophète, un apôtre venu répandre la Bonne Nouvelle aux
Africains; Jésus incarné clament certains. On lui attribue plus de
dix mille miracles : prophéties, guérisons et même plusieurs
résurrections. À sa mort en 1985, plus de deux cents mille personnes
se sont déplacées pour lui rendre un dernier hommage
(2).
C'est dans le cadre d'un séminaire au Bénin durant l'été
1994(3) que nous nous sommes
intéressé à l'émergence des Églises
indépendantes sur le continent africain et plus spécifiquement au
développement de l'Église du Christianisme Céleste.
Étant donné que l'Église fondée par le prophète
Oschoffa n'est qu'un exemple d'Église indépendante africaine parmi
tant d'autres, il est nécessaire, dans un premier temps, de définir ce
phénomène dans sa globalité. Plusieurs noms ont
été donnés pour qualifier ces nouveaux mouvements
spirituels : secte, hérésie, syncrétisme, religion
néo-païenne, Église schismatique, Église charismatique ou
prophétique. David B. Barrett(4),
l'un des plus grands spécialistes des nouveaux mouvements religieux
africains, préfère simplement les appeler : Églises
indépendantes africaines. Il définit une Église
indépendante comme étant n'importe quel mouvement religieux
organisé, avec un nom distinct et des membres qui réclament le nom
de chrétien, reconnaissent Jésus-Christ comme Seigneur et dont le
pouvoir est sous la responsabilité d'Africains
(5). Ces Églises peuvent soit être issues d'un
schisme avec une Église missionnaire
(6) ou d'une autre Église africaine déjà
indépendante, soit avoir été fondées en dehors de ces
Églises établies, formant ainsi un nouveau type d'entité
religieuse. En 1981, 15% des chrétiens d'Afrique étaient
affiliés à l'une des nombreuses Églises indépendantes
africaines et avec un taux de croissance de 1,5 millions de fidèles par an, on
estime qu'elles regrouperont plus de 60 millions d'adeptes en l'an 2000
(7).
Ce phénomène remonte presqu'à l'arrivée des premiers
missionnaires en Afrique. En 1632, Francisco Kassola, membre de la tribu des
Bakongo(8), est le premier Africain connu
à se proclamer prophète et fils de Dieu. Kassola se considère
comme un intermédiaire entre Dieu et le peuple; aussi, comme le Christ, il
assume son rôle de "Fils de Dieu" par l'exécution de miracles. Un
témoignage d'un missionnaire raconte ses activités : "Lorsqu'il arrivait
dans un village, les habitants lui construisaient quatre cases; une pour dormir, une
autre où il accordait le beau temps, une autre où il accordait le pluie,
et une quatrième où il opérait les guérisons.
(9)"
La première tentative pour fonder une Église eut lieu en 1704. Dona
Béatrice, une jeune Congolaise, crée la secte des Antoniens à
l'âge de vingt-deux ans. Le capucin Da Gallo, qui fit subir un interrogatoire
à Béatrice, nous livre ainsi le récit de sa vocation :
"L'événement arriva ainsi, disait-elle : étant malade et au
moment de mourir, à l'agonie, un frère habillé comme un
capucin lui apparut. Il lui dit être saint Antoine, envoyé par Dieu dans
sa tête pour prêcher au peuple et avancer la restauration du
royaume.(10)" Béatrice
récuse la pratique de la confession individuelle, la doctrine de l'Eucharistie et
la récitation de prière en latin. Comme beaucoup de prophètes
d'hier et d'aujourd'hui, elle incorpore plusieurs pratiques traditionnelles au
christianisme et autorise la polygamie. Victime de sa popularité, elle
fut brûlée vive en 1706 par ordre du roi chrétien du Congo.
C'est en Afrique du Sud qu'apparaissent les premières Églises
indépendantes structurées
(11). En 1892, une Église "éthiopienne" est fondée
à Watwaterslan par Mangena Mokono. Mokono, un ancien pasteur
méthodiste révolté par la ségrégation
raciale qui s'y pratiquait en politique comme dans les Églises, voulait
libérer son peuple de l'esclavage et de la servitude : "Fils de Kush,
peuple nourri de souffrance et abreuvé de larmes, votre servitude ne
durera pas éternellement!(12)
" Mokono ne se référait nullement à l'Éthiopie telle
qu'elle existait à son époque mais à l'Éthiopie
biblique (Kush). Il s'agissait donc d'une référence avant tout
religieuse qui permettait de fonder les revendications autonomistes des Noirs
sur la Bible, Kush étant alors le seul empire africain connu jouissant de
l'indépendance politique.
En 1968, le sociologue D.B. Barrett estimait à 6 000 le nombre de ces
Églises et à 10 millions le nombre de leurs adhérents.
Vingt ans plus tard, on les évalue à 10 000 et à 33 millions
le nombre de leurs adeptes. En seulement deux décennies, elles ont connu
une rapide croissance comme le montre le Tableau 1. On peut remarquer sur ce
même tableau que la répartition de ces Églises sur le continent
africain n'est pas égale. Elles sont très nombreuses dans les
régions à forte proportion protestante mais presque inexistantes dans
les pays fortement catholiques comme le Rwanda et le Burundi. Elles sont absentes
dans les pays à large majorité musulmane comme la Guinée,
le Niger, le Mali et le Sénégal. En fait, cinq pays regroupent la
majorité d'entre elles : le Nigéria, le Ghana, le Zaïre, le Kenya et
l'Afrique du Sud.
Il n'est pas facile de signaler avec exactitude la cause ou les causes de
l'émergence de ces mouvements. Le facteur le plus souvent
invoqué par les spécialistes est l'affirmation de l'africanité
et, du même fait, le rejet de la domination religieuse et politique de la
minorité blanche. À ce sujet, J. Peeters écrit : "C'est dans
le contexte de la société coloniale que le pouvoir et les Églises
établies subirent les premières secousses de la part de nouvelles
Églises. La naissance de ces mouvements s'explique en grande partie par
la réaction culturelle et sociale à l'envahissement de l'Occident.
(13)" Pour Éric de Rosny,
c'est la religion dominante du pays qui influence le plus l'émergence de
ce type d'Églises(14). Ce
n'est pas un hasard, selon lui, si la plupart d'entre elles sont apparues dans des
pays à forte majorité protestante. Le principe du libre-arbitre qu'il
y a dans la théologie protestante favorise les initiatives schismatiques.
Pour la raison inverse, les pays catholiques n'ont jamais donné naissance
à d'importants mouvements messianiques en Afrique. Outre l'argument de
la religion dominante, de Rosny affirme qu'il devient hasardeux d'en expliquer la
présence ou l'absence dans un pays donné. À cette question,
D.B. Barrett a identifié une multitude de facteurs qu'il divise en huit
sous-groupes : facteurs historiques, politiques, économiques, sociologiques,
ethniques, non-religieux et religieux(15).
Dans un tel foisonnement d'entités religieuses, on retrouve aussi bien des
Églises établies et mondialement reconnues
(16), regroupant des dizaines de milliers d'adeptes dans plusieurs
pays qu'une multitude de groupuscules ne possédant parfois même pas
de nom. D'où la difficulté de classifier ces mouvements.
Sidbé Semporé a proposé de classer les différentes
Églises afro-africaines en quatre grandes familles en fonction de leur doctrine
et de leur lieu d'origine(17).
Les Églises éthiopiennes
Elles sont tous originaires de l'Afrique australe. La première, comme on l'a
signalé, fut fondée en Afrique du Sud en 1892 par Mangena Mokono.
C'est la coexistence conflictuelle de la minorité blanche et de la
majorité noire qui fut à l'origine des Églises éthiopiennes.
L'émancipation religieuse et politique des Noirs est au cour de la lutte de
ces mouvements. Par contre, ceux-ci conservent une bonne part de la doctrine et
des structures des "Églises blanches". À l'origine, on se
référait à l'Éthiopie biblique (Kush) mais, quand
l'Éthiopie défia l'Italie en 1896 et en 1935, elle suscita l'espoir
dans les populations d'Afrique du Sud. R. Kaufmann explique ainsi leur fascination
pour l'Éthiopie : "Le fait que l'Éthiopie possédait une
très ancienne monarchie, une Église nationale chrétienne
dont la tradition remontait plus loin que celle de bien des Églises
européennes, un ancien langage liturgique et une littérature
sacrée, une langue et une écriture originales ne pouvait que
frapper l'imagination des populations noires.
(18)" De l'Église de Mokono vont naître de nombreux autres
mouvements religieux en Afrique du Sud
(19). Ce pays compte aujourd'hui le tiers de toutes les Églises
indépendantes d'Afrique.
Les Églises sionistes
Les Églises sionistes, très semblables aux Églises
éthiopiennes, se situent aussi en Afrique australe. Leur nom est
inspiré d'une Église afro-américaine, l'Église
chrétienne catholique et apostolique à Sion (Zion City, Illinois),
fondée par J.A. Dowie en 1896 et non de "Sion" au sens biblique. Dans ces
mouvements, l'accent est mis non plus sur la lutte contre l'oppression des Noirs, mais
sur une compréhension africaine de la Bible et l'acquisition de charismes
spirituels : la guérison, la prière efficace, la vision prophétique,
etc. Aussi la plupart des Églises sionistes naissent sous l'initiative d'un
leader charismatique agissant sous l'inspiration divine plutôt que d'une scission
d'une Église blanche.
Les Églises messianiques
On désigne de la sorte celles qui attribuent à leur fondateur une
fonction messianique. Celui-ci est vénéré comme un agent
de Dieu venu libéré les Noirs de leur servitude. Même
après sa mort, le fondateur demeure souvent l'intermédiaire
privilégié entre les hommes et Dieu, assurant ainsi le salut de ses
adeptes. Il est à noter qu'au Congo, au Zaïre
(20) et au Kenya, les Églises messianiques sont pour la
plupart de nature apocalyptique. Ces messies, même en Europe, pendant la
période des indépendances, ont exercé une véritable
fascination sur les esprits. Ils apparaissaient comme le symbole d'une
résistance religieuse au pouvoir colonial des Églises missionnaires et
l'expression d'une foi originale et adaptée à la culture africaine.
L'exemple le plus connu, à cet égard, est celui de Simon Kimbangu, au
Zaïre. Il est le fondateur de l'Église kimbanguiste, dont le nom officiel
est "l'Église de Jésus-Christ sur la terre par le prophète Simon
Kimbangu". Né de foi baptiste, Kimbangu commence sa prédication
en 1921 après avoir reçu une vision prophétique. Il se met
à parcourir le pays en enseignant et en guérissant les malades.
Mais face à son succès, l'administration belge craint une
rébellion et le fait arrêter, juger et le condamne à mort.
Après avoir vu sa peine commuée en détention à vie,
il mourra en prison après trente ans d'incarcération laissant
derrière lui une Église dynamique qui compte aujourd'hui plus de trois
millions de fidèles.
Les Églises aladura
Les Églises aladura (du Yoruba aladura, "Église des priants")
sont apparues principalement au Nigéria après la Première
Guerre mondiale. Elles sont approximativement cinq cents au Nigéria
seulement dont les plus connues sont : la Société des
Chérubins et des Séraphins (1925), l'Église du Seigneur
(1930), l'Église apostolique du Christ (1941) et l'Église du
Christianisme Céleste (1947), qui nous intéresse plus
particulièrement ici. Il y a une similitude entre les Églises sionistes
d'Afrique australe et les Églises aladura : l'Esprit Saint, la prière et les
dons charismatiques y tiennent une place de premier plan. Une place
prépondérante est également accordée aux visions
et aux pouvoirs de guérison. Des forces occultes (sorciers, ancêtres,
féticheurs) sont considérées comme étant à
l'origine des maladies et, ainsi, l'exorcisme et la prière deviennent des outils
de protection et de lutte contre les "forces du mal".
L'Église du Christianisme Céleste que nous décrivons
maintenant plus précisément est en effetcaractéristique des
Églises aladura. Tout au cours de sa vie, le prophète Samuel
Oschoffa sera connu pour son don de guérison et ses visions
prophétiques.
Brève histoire de l'Église du Christianisme Céleste
Récit de fondation(21)
Samuel Biléou Joseph Oschoffa est né en 1909
(22), à Porto-Novo au
Bénin. Il a vécu dans une famille très modeste. Son
père, Joseph Oschoffa, exerçait le métier de menuisier et
Fahoun, sa mère, était vendeuse de tissus. Deux faits essentiels
marquent sa vie avant 1947 : sa consécration à Dieu dès sa
naissance et sa profession de menuisier-charpentier.
La famille du fondateur avait perdu plusieurs enfants en bas-âge et seule
survivait une fille nommée Élisabeth. Son père aurait promis
de mettre un éventuel garçon au service de Dieu. C'est de cet
épisode que l'on a choisi de l'appeler Samuel
(23). Aussi son nom africain "Biléou" serait une
allusion à un proverbe : "S'il te plaît de rester ici-bas, reste; dans le
cas contraire, retourne au Seigneur; quant à moi, je t'avais consacré
à l'Éternel avant même ta naissance.
(24)" Cette consécration marque l'enfance du fondateur.
À l'âge de sept ans, celui-ci est confié à un
catéchiste protestant, Moïse Gnansounou
(25). Ce placement est un échec et Joseph Oschoffa
doit reprendre son fils jusqu'à l'âge de treize ans. Un autre placement
est alors tenté, cette fois encore chez un pasteur nommé Loko.
Samuel y reste six ans, jusqu'au cours moyen II; trouvant alors l'éducation
trop rude à son gré, il s'enfuit chez son père qui le prend
finalement comme apprenti dans son propre atelier de menuiserie.
C'est dans ce même atelier qu'il constate la mort de son père le 15
juin 1939. Trouvant le métier trop exigeant physiquement, il abandonne la
menuiserie un an après, et espère gagner sa subsistance comme
trompettiste dans la fanfare municipale de Porto-Novo, instrument qu'il pratiquait
depuis son enfance. Mais la musique nourrit difficilement son homme et, en 1946,
Samuel Oschoffa décide de se rapprocher de son ancien métier en se
livrant au commerce de l'ébène.
Samuel Oschoffa a été élevé dans la foi
méthodiste mais il semble qu'il a été un moment un membre
des Séraphins(26) d'où
il fut expulsé sur une accusation d'adultère. Selon le
prophète, l'accusation était fausse et originait "d'histoires de
femmes". Il affirme que les témoins de l'affaire se sont
rétractés par la suite. Expulsés de la Congrégation
des Séraphins, lui et la femme concernée, Félicia Yaman
(27), décidèrent de
se marier.
En mai 1947, Samuel Oschoffa se trouve dans la forêt de la Vallée
de l'Ouéné à la recherche d'ébène. Il est
alors accompagné d'un piroguier. Un jour, ce dernier est pris de violentes
coliques. Se trouvant isolé, confiant dans la puissance de Dieu, Samuel
Oschoffa prend sa Bible et prie; puis il impose les mains sur le ventre du malade.
Quelques minutes après, le piroguier se sent mieux et avoue avoir
volé de la nourriture à son passager. Puis craignant les
représailles de son patron, il s'enfuit, laissant Samuel Oschoffa qui ne
sait pas nager et qui est incapable de manier une pirogue.
Mais la peur n'envahit pas le marchand de bois égaré. Il allume un
feu et se met à prier. Le troisième jour
(28), le 22 mai 1947
(29), il se produit une éclipse totale du soleil. Ce "séjour au
désert" va durer trois mois. Dans le récit qu'en fait le fondateur,
il semble qu'un certain nombre d'expériences mystiques aient marqué
cette période : visions, paroles intérieures, intense ferveur. Ces
expériences le conduisent à ne rien craindre : il s'approche des
bêtes, prend des serpents dans ses mains. "À ma droite et
prêt à me mordre, je vis un petit serpent marron. Il avait le cou
très gonflé surmonté d'une petite tête. Sans peur
d'être mordu, je le saisis par le collet, le caressai et le relâchai
tranquillement.(30)"
Pendant ce long séjour en forêt, il affirme avoir vécu en ne se
nourrissant que d'eau et de miel, et par la grâce de Dieu. "J'étais
transformé, et vivais dorénavant sans peur dans la prière et la
lecture de la Bible.(31)" Après
trois mois, il décide de se jeter dans la pirogue et de se laisser dériver
par le courant. Deux jours plus tard, il s'échoue près du village
Agongué, dans la sous-préfecture d'Adjohon, préfecture de
l'Ouéné. Sa famille le croyait mort et c'est comme un revenant du
pays des morts(32) qu'elle le
reconnaît.
Le 29 septembre 1947, Samuel Oschoffa, rentré depuis un mois à
Porto-Novo, se rend chez des amis, Frédéric Zévounou et
sa femme. Au retour de cette visite, escorté par ses amis, le futur fondateur
croise une procession qui fête la Saint-Michel. À la demande de
Monsieur Zévounou, il récite une prière d'actions de
grâce. Pendant la prière, il voit une grande clarté, du type
de celle produite par un phare d'auto. Peu à peu, cette grande
lumière non-éblouissante diminue d'intensité et, en son milieu,
s'approche un être resplendissant, semblable à un être humain
(33), dont les yeux scintillent et dont
les pieds ne reposent pas sur le sol. Samuel Oschoffa eut alors une réaction
de peur. Mais l'homme lui dit :
Le monde ne croira pas que le Seigneur s'est révélé
à toi mais je serai avec toi et mes anges aussi, et j'accompagnerai tes
ouvres de prodiges, de signes, de miracles afin qu'il croit; oh! fils d'homme, sois
confiant, ne crains rien, sache que nous sommes dans les derniers jours. Cette
Église sera la dernière barque pour amener les hommes au salut.
Car je reviens bientôt(35).
La vision s'articule autour de trois points : sa mission contre les "fétiches",
l'annonce de persécutions et la promesse d'aide. Ces trois points
constitueront l'essentiel de la théologie des Chrétiens Célestes.
Tout au long de sa vie, le prophète Oschoffa fera la lutte à la
sorcellerie et aux féticheurs(36).
En ce qui a trait aux persécutions, l'ancien gouvernement béninois
de Kérékou, par décret, avait ordonné la fermeture
des lieux de cultes des Chrétiens Célestes en 1981 et interdit leurs
activités dans tout le pays(37).
Cette persécution sera perçue par les fidèles de cette
communauté comme une épreuve d'ordre divin pour éprouver
la solidité de leur foi au Seigneur. Il faut aussi mentionner que la
formulation millénariste qui s'exprime à la fin de la vision,
à notre connaissance, n'a pas été développée
dans la doctrine de l'Église.
Le développement de l'Église
Au début, aucun nom n'avait été donné à
l'Église. C'est dans un état d'extase que le prophète
Oschoffa, le 30 septembre 1947, prit une craie et inscrivit deux mots sur le sol :
"Christianisme Céleste"(38).
La signification de l'expression est que le vrai culte est rendu à Dieu par
les anges dans le ciel et que les membres de l'assemblée adorent Dieu de
la même façon. Elle indique aussi l'importance de la vision dans la
conduite de l'Église. En effet, on considère que le prophète
reçoit régulièrement des conseils d'entités
célestes pour l'aider à gouverner son Église.
En 1954, les membres de cette Église naissante font une demande
d'autorisation auprès du Gouvernement pour faire enregistrer leur nom.
Le projet de statut est envoyé le 17 novembre 1954 sous le nom de :
"Société religieuse d'Union de la Sainte Trinité, dite
Église du Christianisme Céleste, fondée à Porto-Novo
en 1947, ayant pour but de prier ou prêcher sur la doctrine chrétienne
pour le bien du monde entier.(39)"
Nous n'avons pas pu connaître les motifs de l'introduction de ce titre qui n'est
plus employé et est même inconnu de la plupart des fidèles.
Au départ, le petit groupe se gouverne lui-même, mais avec
l'augmentation rapide du nombre de membres, le fondateur se voit dans l'obligation
de structurer son Église. Un document, Règlement intérieur
, est publié en 1967. Ce premier document comporte seulement 26 pages
et compte trente articles se répartissant en cinq chapitres :
Vers 1967, il se produit un fait nouveau. De nombreux citadins se rallient à
l'Église et changent en partie sa figure sociologique d'origine : d'un
mouvement religieux composé essentiellement d'agriculteurs et de
pêcheurs analphabètes, l'Église entreprend donc un
développement urbain. L'augmentation rapide du nombre d'adeptes
entraînera une exigence d'organisation qui est encore peu présente
dans les premiers documents de l'Église. Le 25 décembre 1972, le
25e anniversaire de fondation est célébré de façon
solennelle. À cette occasion, l'Église édite son premier
(41) livre, Lumière sur le
Christianisme céleste, qui présente sommairement son histoire,
son organisation et ses enseignements spirituels
(42). Pour la même occasion, deux autres fascicules
sont imprimés : un nouveau règlement intérieur qui
comprend quatre-vingt-dix articles et un livret expliquant le déroulement
des cultes.
À l'origine, le culte était réduit à sa plus simple
expression et le baptême était le seul sacrement administré
aux fidèles. C'est à partir des demandes de ceux-ci que le fondateur
créera, "sous l'inspiration de l'Esprit Saint", des cérémonies
plus élaborées qui répondent au besoin des membres de
ritualiser les grands passages de la vie (naissance, mariage, mort). C'est seulement
en 1980 que l'on fixera définitivement le nombre ainsi que le
déroulement des cérémonies
(43). Dans l'avant-propos du livre Ordre des cultes et
des cérémonies,
on a senti le besoin de préciser que toutes ces cérémonies
existaient depuis la fondation de l'Église mais qu'elles ont été
mises en application de façon progressive. "Le Christianisme Céleste
est né avec toutes ses institutions. Les rites et ordonnances de
l'Église n'ont pas été révélés en un
seul jour...(44)"
Dans les années soixante-dix, l'Église va connaître une forte
expansion et va s'implanter à l'aide de missions dans les pays limitrophes
du Bénin. Aujourd'hui, il y a des communautés dans plusieurs pays
: Bénin, Côte d'Ivoire, Ghana, Nigéria, Togo et même aux
États-Unis (Chicago) et en Angleterre (Londres)
(45). Il est très difficile de dénombrer avec
exactitude les fidèles de l'Église pour plusieurs raisons : d'une
part, l'Église-Mère, à Porto-Novo, ne semble pas tenir un
registre central pour comptabiliser le nombre de baptisés et les chiffres
qu'elle fournit paraissent peu réalistes et même contradictoires
(46). D'autre part, il est difficile de
distinguer les baptisés pratiquants réguliers des baptisés
pratiquants occasionnels, mais aussi des "Nicodèmes"
(47) non baptisés rejoignant l'Église en
cachette, des "sympathisants" et finalement des "clients" qui les consultent pour
divers services(48) : voyances,
guérisons et exorcismes.
Une Église de convertis
Compte tenu de la fondation encore relativement récente de cette
Église, les fidèles sont en majorité de nouveaux convertis.
Les raisons de ces conversions sont multiples
(49). Ce sont très souvent des difficultés d'ordre familial ou
professionnel qui amènent des personnes à se convertir : la
stérilité d'une femme, la maladie d'un enfant ou bien la perte d'un
emploi. On vient "chercher la protection" d'une force bénéfique qui
puisse juguler les forces mauvaises mises en jeu par des sorciers. Par exemple, voici
un témoignage que nous avons recueilli d'un membre de la paroisse de
Pobé. L'homme nous a raconté qu'il est marié à cinq
femmes. Il a commencé son récit en nous expliquant que ses douze
premiers enfants sont tous décédés en bas-âge et,
selon lui, de façon mystérieuse. Les médecins n'auraient
trouvé aucune cause naturelle. Pour comprendre la cause de tous ces
décès et sauver son treizième enfant gravement malade, il est
allé finalement consulter un visionnaire chez les Chrétiens
Célestes. Celui-ci lui a expliqué que ces morts étaient l'ouvre
de forces d'esprits malins invoquées par un sorcier et qu'il fallait prier le
Seigneur. À la suite de cette consultation, il s'est converti au Christianisme
Céleste. Son enfant fut guéri et il eut vingt autres enfants, avec les
mêmes épouses, tous en bonne santé aujourd'hui.
Une deuxième raison doit être signalée : c'est l'aspect familial
des paroisses (entre 200 et 400 membres). On y retrouve beaucoup d'entraide et de
chaleur humaine entre les fidèles. Aussi, chacun d'eux a des
responsabilités dans l'Église dès son baptême. Cela
est ressenti très fortement, en particulier en face de la représentation
répandue du catholicisme, vu comme une Église anonyme,
où le pouvoir serait détenu par une caste détentrice de
pouvoirs et de connaissances secrètes
(50).
Une troisième raison est la recherche d'une prière "active et
efficace". Beaucoup de fidèles issus des Églises missionnaires
nous ont affirmé avoir appris à prier dans le Christianisme
Céleste. Cette prière se veut vraiment une prière de force
qui permet de fonctionner dans la vie de tous les jours avec un pouvoir suffisant
pour se protéger contre les forces du mal. La prière est le fondement
de la pratique chez les Chrétiens Célestes. Elle est perçue
comme étant le lien de communication entre les êtres humains et les
mondes célestes. C'est aussi un outil de puissance par lequel on canalise
les forces du Saint Esprit pour combattre Satan et tous les autres démons.
Les aspects moraux, en particulier autour du mariage, nous semblent être
à considérer. Certains se convertissent à la suite d'un refus
de l'Église catholique de consacrer leur union. Pour d'autres, c'est la
tolérance de l'Église vis-à-vis de la polygamie qui les fait
venir à elle. Le Christianisme Céleste favorise en effet la monogamie
mais accepte en son sein les polygames(51)
. "Seulement si l'homme ne peut se retenir, vaut mieux qu'il se marie à
plusieurs femmes que de forniquer et ainsi commettre des adultères", nous
a confié un responsable de l'Église en entrevue.
Enfin, entre souvent en ligne de compte le rejet formel du "fétiche" et de
toutes les pratiques magiques issues des religions traditionnelles africaines. On
retrouve l'intention d'en terminer avec les attitudes équivoques qui consistent
à suivre le Christ tout en continuant à "flirter" avec les
"fétiches". Il y a une volonté délibérée de
tout trouver dans la seule Église.
L'Église et ses ministères
Les Chrétiens Célestes revendiquent bien haut que leur Église
n'est la fille d'aucune autre Église et qu'elle n'a de lien avec aucune autre.
Ils expriment par là leur conception d'une Église pure, sans
mélange, et n'acceptent pas d'être identifiés comme une
Église parmi tant d'autres. Ils se considèrent comme l'Église
élue par Dieu pour accomplir un dessein et les miracles accomplis par le
prophète Oschoffa en sont la manifestation. L'Église du Christianisme
Céleste serait donc issue de la volonté de Dieu et c'est seulement
à lui que la hiérarchie de l'Église accepte se se soumettre.
D'une part, on explique la perfection de l'Église par son respect de la Parole
de Dieu écrite dans la Bible. La Bible est le fondement de l'Église.
Selon le prophète Oschoffa, elle contient toute la Parole de Dieu et c'est la
seule voie de vérité. "Celui qui ne connaît pas la Bible ne
connaît pas Dieu.(54)" Pour les
croyants, la Bible contient tous les commandements nécessaires à
assurer le bien-être individuel et collectif. C'est sur le respect de la Parole de
Dieu que les humains seront jugés lors du jugement dernier. Sur ce point, le
prophète avertit : "La Bible nous jugera. La seule façon de nous
préparer pour le jugement de Dieu, c'est d'étudier la Bible. Elle nous
apprendra la volonté de Dieu en ce qui nous concerne et en ce qui le
concerne.(55)" Les versions
utilisées de la Bible sont des éditions protestantes datant du
début du siècle. Un prêtre catholique nous a mentionné
que les versions en langues locales (goun et yoruba) sont désuètes
et comportent plusieurs erreurs. En français, c'est celle de Louis Segond
qui est utilisée. Les livres hellénistiques
(56) sont connus de certains fidèles possédant
une Bible catholique mais ils ne sont pas employés en lecture publique.
D'autre part, on considère l'Église comme la manifestation terrestre de
la véritable Église de Dieu, composée des anges et des
archanges, et qui existe au ciel. Il existe une myriade d'anges
(57). Chacun a une tâche précise à
accomplir dans le plan divin. Pour éviter qu'ils se "dispersent", c'est Michel
qui est chargé de leur distribuer leur rôle sous la puissance de
Jésus. Quatre d'entre eux portent le titre d'archanges et demeurent "aux
quatre coins de la terre". Ces quatre archanges sont confondus avec les quatre
anges qui ont pouvoir sur la Terre selon Ap 7,1; 9,15.
Michel est le chef des anges. C'est lui qui combat Satan et ses armées.
C'est le protecteur de l'Église, c'est l'ange de la victoire. C'est lui qui est le
plus souvent invoqué à cause de la lutte permanente contre les
forces des ténèbres que livre l'Église. De ce fait, il est
invoqué au début de toutes les prières. Il se situe à
l'Est. Gabriel est l'ange protecteur, l'ange de bénédiction. C'est
aussi l'ange de guérison. Il se situe à l'Ouest. Raphaël est
l'ange de force. Il se situe du côté de la mer, vers le Sud. Yriel, au
Nord, est le moins invoqué des quatre archanges. C'est celui du don.
La hiérarchie dans l'Église du Christianisme Céleste
(58)
L'Église du Christianisme Céleste est fortement
hiérarchisée et séparée en deux groupes distincts : la
hiérarchie de gouvernement et la hiérarchie des visionnaires (voir
Tableau 2). Elles sont théoriquement étanches mais si un don
spirituel se manifeste, il sera possible de passer chez les visionnaires à
condition que le fidèle n'ait pas atteint la classe des
évangélistes. L'avancement d'un grade à un autre dans
cette hiérarchie est marqué par le nombre d'onctions reçues
par le fidèle. L'onction d'huile, appelée aussi confirmation, est un
rite qui établit le fidèle dans la hiérarchie spirituelle. Elle
est réitérée pour chaque avancement. L'intervalle minimum
entre deux onctions a été fixé à deux ans
(59).
L'onction est le signe d'une force spirituelle investissant le fidèle.
Elle joue le rôle de la reconnaissance par l'Église d'une force
spirituelle (vision, guérison, prière, prédication)
reçue par le fidèle. Mais y ayant authentifié cette force,
elle vise aussi à l'enraciner, à l'augmenter et à l'aider
à mieux la canaliser. Cela est particulièrement évident
dans le cas du visionnaire qui n'est oint que s'il est déjà reconnu
pour avoir reçu un don de vision de l'Esprit Saint. Mais il ne sera reconnu
officiellement comme visionnaire de l'Église qu'une fois oint. De la même
façon, les prédicateurs-leaders prêchent déjà
avant l'onction, mais leur fonction de gouvernement ne sera accordée
qu'après qu'ils l'auront reçue.
Les ministères ne sont pas réservés à une classe
particulière de fidèles(60)
. Tous participent au ministère, selon le don de l'Esprit qui leur a
été fait et c'est la situation normale du fidèle d'avoir
reçu des onctions. Quel que soit son don particulier, c'est la même
onction qu'il aura reçue. Même le don de vision qui se manifeste de
façon particulière dans l'Église par une hiérarchie
spéciale est consacré par cette même et unique onction,
signe d'un seul et même Esprit se manifestant dans divers dons
(61).
La cérémonie de l'onction a lieu une seule fois par an pour toute
l'Église, le 25 décembre après-midi, à la plage de
Sèmè (près de Porto-Novo). Tous ceux qui doivent la
recevoir se mettent à genoux. Puis le prophète-pasteur passe
alors devant tous les fidèles devant être oints. L'huile a
été préalablement bénie en privé. L'officiant
pose sa main trempée dans l'huile sur la tête de chaque fidèle.
Cette cérémonie a lieu dans le silence. La substance
employée pour l'onction est à base d'huile d'olive dans laquelle sont
ajoutés des baumes. Pour faire l'objet d'une proposition d'onction, le
fidèle baptisé doit remplir un certain nombre de conditions
(62) :
La hiérarchie de gouvernement
Le fidèle oint dans la classe des hommes de prière doit
posséder une Bible, la lire (éventuellement apprendre à lire,
s'il y a lieu) et apprendre à l'expliquer. Les deux premières onctions
servent à consacrer l'apprentissage du respect de la Parole de Dieu du
fidèle. Il peut occuper un poste subalterne dans la paroisse : lecteur, portier
et maître d'autel (chargé d'encenser l'Église au début du
culte). De plus, il doit accepter la charge de la prière. Cela signifie prier
régulièrement pour les malades et pour la protection de la
communauté. Il doit également accepter d'assumer ses
responsabilités financières vis-à-vis de l'Église en
payant sa contribution.
Les leaders sont les "bergers" de la communauté. À tour de
rôle, les leaders ont la tâche de diriger les offices religieux et
d'éduquer la foi des fidèles. Au moins trois onctions sont
nécessaires pour être admis dans la classe des leaders. Ils s'occupent
des trois écoles de la paroisse : l'école du dimanche
(63), l'école de la prédication
(64) et l'école de la
prière(65). C'est aussi le rôle
des pasteurs d'accueillir les malades et de veiller sur eux. Plusieurs d'entre eux
possèdent un don de guérison et peuvent ainsi imposer les mains
pour guérir les malades. Il y a toujours au moins un leader permanent dans
chaque paroisse(66).
La classe des évangélistes est choisie par le prophète-pasteur.
Les évangélistes le représentent dans chacune des
circonscriptions de l'Église et sont des modèles de foi pour les
croyants. Ils occupent essentiellement des fonctions administratives. Ils doivent
avoir reçu au moins sept onctions pour assumer ces hautes fonctions au sein
de l'Église. Dans la hiérarchie, c'est le prophète-pasteur qui
est à la tête de l'Église
(67). Comme son titre l'indique, il participe à la fois à la
hiérarchie de gouvernement et à celles des visionnaires. Il est le point
de référence constant et l'intermédiaire par excellence avec
les entités célestes.
La hiérarchie des visionnaires
Recevant le don de vision, les visionnaires sont organisés de façon
autonome. La double hiérarchie ne doit pas faire illusion. La vision, comme
manifestation visible de l'Esprit Saint, est au centre de l'expérience religieuse
de tous les Chrétiens Célestes même si seulement 10%
à 20% d'entre eux participent effectivement à ce don. Le visionnaire
est à la fois un personnage central, choyé, parce qu'il est
animé par l'Esprit Saint mais aussi un personnage que peu envient à
cause des charges qui accompagnent ce charisme dans l'Église, d'autant
plus que cette tâche n'est jamais rémunérée
(68).
La vision informe constamment la vie ordinaire de l'Église et de chacun de
ses fidèles. L'absence de révélation serait
considérée comme une perte de force spirituelle dans la
communauté. La vision sert aussi bien à révéler
les tensions spirituelles sous-jacentes à la situation de l'Église ou
d'un individu qu'à indiquer des événements futurs à titre
prémonitoire. Le diagnostic donné par la vision se complète le
plus souvent par l'indication des actions spirituelles à entreprendre pour
rester ou revenir "sous la puissance de Dieu".
On peut tenter un classement des différents types de visions.
D'abord, il y a des visions de type prémonitoire : elles annoncent
une bénédiction, une maladie ou un quelconque
événement futur. Ensuite, il y a celles de type explicatif :
la vision révèle alors la nature des forces spirituelles sous-jacentes
à une situation déterminée, par exemple, une maladie, des
ennuis familiaux ou professionnels. Et enfin, il y a celles de type mystique
pendant lesquelles le visionnaire contemple le Monde Divin.
On consulte Dieu par l'intermédiaire des visionnaires
(69). Par exemple, une personne se sentant menacée
dans son être pourra demander à un visionnaire de prier sur elle. Si le
visionnaire "tombe en esprit", il révélera alors les forces spirituelles
en lien avec son problème. Mais le visionnaire peut aussi "tomber en esprit"
(70) sans aucune demande ou incitation
extérieure visant à obtenir une révélation sur une
situation particulière. Un visionnaire peut ainsi révéler des
faits pendant le culte ou partout ailleurs (parfois même en mangeant). La
révélation peut porter sur des personnes absentes ou même
inconnues du visionnaire. Celui qui écoute la vision s'efforcera alors d'obtenir
les détails afin d'identifier la personne concernée.
Le rêve est également reçu avec une valeur prémonitoire.
Il joue un rôle parallèle à celui de la vision. Cependant, il est
moins important, moins spectaculaire également, et ne requiert pas d'onction
particulière.
Particulièrement sensible à l'Esprit, le visionnaire est exposé
"à être tenté ou trompé par les forces sataniques"
(71). Pour se protéger, il se
soumet à une certaine ascèse. Trois jours par semaine sont
consacrés à l'exercice de cette ascèse : ce sont les trois jours
de culte (mercredi, vendredi et dimanche). Elle vise à éviter tout ce
qui rend impur : consommation de porc et relations sexuelles. Certains profitent de
ces jours pour jeûner et prier.
La sanctification principale s'exprime dans un culte hebdomadaire, le vendredi
à 13:00. Ce culte a lieu à l'église et est conduit par le
visionnaire de la paroisse ayant reçu le plus d'onctions. Au cours de cette
cérémonie, les visionnaires gobent un ouf frais. L'ouf frais est
perçu comme mystère de vie et aide à recevoir des visions
"plus claires". Pour tous les autres fidèles, les oufs doivent être
consommées cuits et leur signification est la force spirituelle.
Les visions concernant la vie privée des individus sont les plus courantes.
Mais il y a aussi des visions s'adressant à une collectivité. En voici
un exemple recueilli auprès d'un membre d'une Église de Coutonou.
Depuis plusieurs mois, il y a un certain mécontentement dans cette paroisse.
L'assistance au culte du dimanche a notablement diminué et aucune femme
de la paroisse n'accouche. La vision dit qu'aucun membre de la paroisse n'est
responsable de cet état de fait. C'est une épreuve par laquelle
l'ensemble de la paroisse doit passer et qui doit être attribuée à
l'hostilité de nombreux démons. La vision demande de réciter
une prière de victoire à l'Archange Michel. Pendant sept soirs,
chaque fidèle a été invité à la paroisse pour
prier avec un rameau et une bougie. La vision a demandé en même
temps d'effectuer des offrandes de fruits. À la fin de la semaine, il fut
demandé que l'on bénisse des semences de maïs et que chaque
fidèle en plante quelques-unes dans sa cour. D'après le
récit rapporté, les esprits malins se sont éloignés et la
vie paroissiale a repris de la vigueur dès que les premiers plants de
maïs ont commencé à pousser.
Le rôle des femmes dans l'Église
Les femmes occupent peu de place dans la hiérarchie de l'Église.
Elles sont perçues comme une source de tentation pour le croyant et on invite
les hommes à se méfier de leurs charmes. "Les femmes sont
après tout nos mamans mais dangereuses, elles vous sourient et vous laissez
tomber votre système de défense.
(72)" Les femmes sont considérées
comme inférieures aux hommes sur le plan spirituel. Elles portent un bonnet
à l'Église pour se protéger contre la force de l'Esprit Saint
qui "est trop forte pour les femmes". Un membre nous a dit que les femmes qui ne
portaient pas de bonnet avaient de violents maux de tête par la suite.
Par contre, les femmes peuvent aussi recevoir l'onction. Elles sont alors
appelées "maman". Leur hiérarchie n'a pas le même sens que
celle des hommes. Elles ne peuvent pas entrer dans le chour, conduire le culte
ou instruire les fidèles. Les femmes peuvent aussi être visionnaires.
D'ailleurs, elles sont plus nombreuses que les hommes à recevoir le don de
vision.
Les comités(73)
Les fidèles oints, en plus de leur appartenance à la hiérarchie
de gouvernement ou à celle des visionnaires, peuvent être élus
pour participer à l'administration de l'Église. Le nombre d'onctions
n'entre pas en ligne de compte. Les nominations se font par élection, au
moins au niveau de la paroisse.
Le Comité paroissial est élu à tous les deux ans par l'ensemble
des fidèles adultes de la paroisse. Les femmes y ont accès mais
à titre de conseillères. Le comité est composé de 33
membres. Il est à noter que les leaders, représentants de
l'autorité spirituelle de l'Église, ne sont pas membres de droit des
Comités paroissiaux. Mais s'ils ne sont pas élus, ils ont une voix
consultative dans ces comités. Le Comité paroissial est
chargé de l'administration et de la gestion des biens de la paroisse. C'est
aussi le comité de discipline qui juge et réprimande tous les actes
contraires aux principes de l'Église. Il peut décider de la suspension
d'un membre mais la radiation ne peut être effectuée que par le
Comité supérieur.
Le Comité national est composé de douze membres nommés
par le Comité supérieur. Il y en a un par pays. Il représente
l'Église auprès des autorités civiles de chaque pays. Depuis
la mort du prophète Oschoffa, ces comité acquièrent de plus
en plus de pouvoirs décisionnels(74)
.
Le Comité supérieur est l'instance suprême de l'Église.
Le prophète-pasteur en est de droit le président et il en choisit
lui-même tous les membres, quel que soit leur grade dans la hiérarchie.
Les compétences du Comité supérieur sont les plus larges,
aussi bien au niveau doctrinal qu'aux niveaux administratif et disciplinaire. Le
Comité supérieur, élargi aux délégués
mandatés de chaque paroisse, forme le Synode. Ce dernier se réunit
une fois l'an pour examiner le fonctionnement de l'Église et prendre les prises
de décisions officielles (en principe avant la fête de Noël).
Les Chrétiens Célestes expliquent en général
l'expansion rapide de leur Église par la force spirituelle du Saint Esprit qui
se manifeste concrètement par les dons de charisme. En moins de cinquante
ans, cette Église est passée d'un groupuscule à une
organisation qui compte quelques dizaines de milliers d'adeptes. La croissance
rapide de cette nouvelle Église résulte sûrement en bonne
partie des qualités charismatiques de son fondateur et de son
habileté à livrer le message chrétien en l'adaptant au contexte
africain.
Mais depuis la mort de Samuel Oschoffa en 1985, l'Église du Christianisme
Céleste traverse une période de crise. Le prophète Oschoffa
n'avait prévu aucun processus d'élection ou de nomination pour
assurer sa succession à la direction de l'Église. Étant
donné que toutes les grandes décisions de l'Église sont
adoptées à la suite de "l'approbation de Dieu par l'entremise de
l'Esprit-Saint", on a consulté alors les visionnaires pour désigner
le nouveau Prophète-Pasteur. Plusieurs noms ont ainsi été
"révélés" et faute de consensus, personne n'a pu revendiquer
légitimement la succession du fondateur. Il s'est alors ensuivi une vague
de radiations et de démissions au sein de la hiérarchie
ecclésiale. Pour éviter un schisme, les dirigeants ont
nommé, comme compromis, Benoît Agbaossi au titre de
régent, dans l'attente d'un signe de Dieu - qui se faire encore attendre...
L'exemple de l'histoire de l'Église du Christianisme Céleste illustre
bien les défis qu'ont à surmonter les Églises
indépendantes africaines. Premièrement, elles sont, pour la plupart,
de très petites Églises créées par un leader
charismatique. De ce fait, elles ont souvent une existence plutôt
éphémère. Peu d'entre elles réussissent à
survivre à la mort de leur fondateur car les questions doctrinales ainsi que
le pouvoir décisionnel reposent presque uniquement dans les mains d'un seul
homme. Pour assurer leur continuité, elles doivent relever le défi
de se structurer et ainsi se doter d'un clergé et d'un corps doctrinal
défini.
L'émergence de ces nouvelles Églises constitue aussi un
défi pour les Églises missionnaires. Depuis leur naissance, les
Églises indépendantes africaines les inquiètent et certains
perçoivent celles-ci comme une menace. André Rétif
écrit en 1959 qu'"aux quatre (sic) dangers que l'Encyclique Fidei donum
signalait pour l'Afrique noire en 1957 : hypernationalisme, athéisme,
marxisme, Islam, civilisation technique, on aurait pu en ajouter un cinquième
: la prolifération des "Églises" noires
(75). L'Église catholique a cessé progressivement
de considérer ces mouvements comme une menace et les voit maintenant
plutôt comme un défi pastoral.
Pourquoi ces Églises indépendantes attirent-elles et satisfont-elles
les Africains? Quels défis posent-elles aux Églises traditionnelles?
Comment prendre en compte les besoins spirituels des Africains? Le
Comité permanent du SCEAM (Symposium des conférences
épiscopales d'Afrique et Madagascar) a tenté de répondre
à ces questions lors de sa réunion de 1992
(76). On a dressé une liste de quatre défis
pour l'Église catholique en réaction à ces questions. D'abord,
on souligne qu'il faut prendre l'Afrique au sérieux. Partant du principe de la
réalité d'oppression politique, d'écroulement
économique et d'aliénation sociale de l'Afrique, les Églises
devraient faire face à ces situations en conservant une attitude critique
à l'égard des gouvernements et s'impliquer davantage dans les
débats sociaux. Ensuite, on suggère de créer une
Église bien africaine sans tomber dans le syncrétisme, ainsi
créer une Église dans laquelle les Africains s'identifieront plus
facilement. Le troisième défi découle du dernier, soit
d'imaginer des cultes plus participatifs. L'un des grands attraits des Églises
indépendantes réside dans le fait que chacun se veut partie prenante
de la communauté en participant activement au déroulement du culte.
En dernier lieu, on suggère de revenir à la Bible en se centrant
davantage sur l'évangélisation des fidèles.
Pour conclure, les Églises indépendantes africaines posent, avant
tout, la question suivante : Comment devrait être le christianisme africain?
Elles ont su combler des aspirations populaires que les Églises missionnaires
n'ont pas su honorer. Mais il serait simpliste de considérer les adeptes des
Églises indépendantes comme étant les seuls "vrais
chrétiens africains". En témoignant de leur appartenance africaine,
ces Églises ont stimulé aussi le débat de l'identité
africaine dans les autres Églises. Dans l'Église catholique,
l'inculturation est devenue un sujet important de discussion. Les questions sont
maintenant posées, le débat est ouvert.
(1) René St-Germain termine actuellement une
maîtrise en sciences des religions à l'Université du
Québec à Montréal.
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(2) A.-H. Emmanuelli, L'histoire est un témoignage.
Porto-Novo (Rép. du Bénin): Éd. J'ai lu, 1992, p. 32.
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(3) Séminaire de six semaines organisé par
l'Entraide universitaire mondiale du Canada, 1404 Scott, C.P. 3000, Succ. C.,
Ottawa (Ontario) K1Y 4M8.|Retourner au texte|
(4) David B. Barrett a publié en 1968 une analyse
sociologique de ces nouvelles Églises africaines, Schism and Renewal
in Africa. Oxford University Press, et en a dénombré, à
l'époque, plus de 6 000 différentes. Encore aujourd'hui, cet ouvrage
fait autorité. En 1981, il a dirigé la publication du World Christian
Encyclopedia. On y retrouve une compilation de presque toutes les
Églises chrétiennes (20 800 dénominations
différentes) à travers le monde, présentées pays
par pays.|Retourner au texte|
(5) Voir D.B. Barrett, Schism and Renewal in Africa.
Oxford University Press, 1968, ch. XVIII. On retrouve la traduction de ce
chapitre sous le titre "Séparatisme et renouveau en Afrique", Le
monde non-chrétien, no. 88, oct.-déc. 1968, p. 3-22.
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(6) Elles peuvent être aussi issues d'un schisme
avec "une nouvelle religion missionnaire". Les nouvelles religions d'origine
américaine (les Témoins de Jéhovah, les Mormons, les
différentes Églises évangélistes, etc.) sont
très actives sur le continent africain. Par exemple, il existe, dans la
République Centrafricaine et au Congo, un mouvement religieux
né d'un schisme des Témoins de Jéhovah,
appelé Kitawala. Voir E. Damman, Les religions de l'Afrique.
Paris: Payot, 1964, p. 254.|Retourner au texte|
(7) C. Lesegrétain, "Les Églises
afro-chrétiennes", Actualité religieuse dans le monde,
15 mai 1993, p. 9.|Retourner au texte|
(8) Leur territoire est situé dans le Congo actuel.
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(9) M. Sinda, Le messianisme congolais et ses incidences
politiques. Paris: Payot, 1972, p. 23.
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(10) Ibid., p. 46.|Retourner au texte|
(11) Voici les principales fondées avant la
Deuxième Guerre mondiale : The Zulu Mbiyana Church (1894), The Zulu
Congregational Church (1896), The African Mission Home Church (1907), The
African United Zulu Church (1916), The African Congregational Church (1917),
The Zulu of African Ethiopian Church (1918), The African Free-Congregational
Church (1929), The African Congregational Church Lika Mvuyna (1936).|Retourner au texte|
(12) Citation de Mokono in
S. Semporé, L'état des religions. Paris:
Boréal, 1987, p. 139.|Retourner au texte|
(13) J. Peeters, "Sectes et mouvements religieux en
Afrique", Spiritus, no. 115, 1989, p. 179.|Retourner au texte|
(14) É. de Rosny, L'Afrique des
guérisons. Paris: Éd. Karthala, 1992, p. 127.|Retourner au texte|
(15) Voir D.B. Barrett, op. cit., p. 92-99.|Retourner au texte|
1 (16) Certaines ont été admises au Conseil mondial des Églises. L'Église de Jésus-Christ sur la Terre fondée par le prophète Simon Kimbangu fut la première, en 1971. Voir S. Sem
poré, "Le défi des Églises afro-chrétiennes", Lumière et vie, septembre-octobre 1982, p. 45.|Retourner au texte|
(17) Ibid., p. 44-46.|Retourner au texte|
(18) Citation de R. Kaufmann in S. Semporé, op. cit., p. 139.|Retourner au texte|
(19) En 1960, 2 400 Églises indépendantes ont
été recensées en Afrique du Sud. Voir M. Horrell, A
Survey of Race in South Africa, 1966, p. 26, cité dans M.H. Wilson,
Religion, and the Transformation of Society. Cambridge University Press,
1971, p. 112.|Retourner au texte|
(20) Sur le développement des Églises
indépendantes au Zaïre, voir P.B. Kabongo-Mbaya, L'Église
du Christ au Zaïre. Paris: Éditions Karthala, 1992, 463 p.|Retourner au texte|
(21)Nous n'avons recueilli aucun récit critique sur la vie
du fondateur de l'Église du Christianisme Céleste. Les quelques
données historiques présentées ici sont tirées de
comptes rendus autobiographiques soit : A.-H. Emmanuelli, op. cit., p. 4-17
et S.B.J. Oschoffa, Lumière sur le Christianisme Céleste.
Porto-Novo (Rép. du Bénin): Imprimerie nationale, 1972, p. 8-20.
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(22) La date de naissance est imprécise car l'État
ne tenait pas de registre civil à l'époque pour enregistrer les
naissances. Aussi, les traditions africaines attachent peu d'importance à la
date de naissance des individus.|Retourner au texte|
(23) Dans le récit biblique, la mère de Samuel,
Anne, avait été longtemps stérile. Elle obtient un enfant par
l'action de ses prières qu'elle nommera Samuel, "nom de Dieu", et qu'elle
vouera au service du Seigneur (Voir 1 Sm 1, 1-2 et 9-20).|Retourner au texte|
(24) S.B.J. Oschoffa, op cit., p. 12.|Retourner au texte|
(25) Moïse Gnansounou se convertit au Christianisme
Céleste en 1950 et devient la seconde personne en importance dans
l'Église, après le prophète Oschoffa. C'est lui qui implantera
l'Église en Côte d'Ivoire en y établissant une mission dans les
années soixante.|Retourner au texte|
(26) Ce mouvement religieux fut fondé par Moses
Oriolade Tumolase (1867?-1932) au Nigéria. Le fondateur, atteint d'une
affection aux jambes pendant dix ans, affirme avoir été guéri
par le seul moyen de la prière autour de l'année 1915. A la suite de
cette guérison, il se met à prêcher et à convertir des
fidèles. L'enseignement et la pratique de cette Église porte
essentiellement sur la guérison et la vision, considérées
comme des dons de l'Esprit Saint.|Retourner au texte|
(27) Félicia Yaman a occupé un rôle
important dans l'Église en devenant la "devancière des femmes",
fonction la plus importante pour une femme dans la hiérarchie de
l'Église.|Retourner au texte|
(28) Chez les Chrétiens Célestes, on
présente le prophète-pasteur Oschoffa comme étant le
prophète des prophètes. Donc, plusieurs éléments
biographiques sont à comprendre en fonction de leur rôle symbolique.
Ici le troisième jour réfère à la résurrection du
Christ. Après sa mort symbolique, Samuel Biléou Joseph Oschoffa
ressuscite et reçoit la grâce de l'Éternel. En plus de l'associer
au Christ (naissance consacrée, épreuve du désert et
résurrection), on le compare à Jean le Baptiste (le type de nourriture),
à Moïse (la pirogue et le sauvetage des eaux) et à Élie
(signe cosmique).|Retourner au texte|
(29) C'est la date mentionnée dans Lumière
sur le Christianisme Céleste. Les archives de la station de
météorologie de Coutonou indiquent plutôt le 20 mai 1947
à 14h55. L'interprétation de cet événement
extraordinaire devrait se faire à deux niveaux : le signe cosmique n'est que le
signe d'un autre événement extraordinaire qui est son séjour
au désert. Aussi, ce signe cosmique est mis en relation avec le personnage
biblique d'Élie, le prophète par excellence aux yeux des
Chrétiens Célestes.|Retourner au texte|
(30) Ibid., p. 14. Cet épisode est
interprété par les fidèles de l'Église comme sa
victoire sur les forces de Satan, identifiées aux serpents.
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(31) Idem.|Retourner au texte|
(32) Le passage au pays des morts est une étape importante dans le chamanisme. C'est seulement après cette épreuve que le chaman acquiert sa puissance magique. A ce sujet, voir M. Eliade, Le chamanisme et les te
chniques archaïques de l'extase. Paris: Payot, 1951, 447 p. De la même façon, le prophète Oschoffa reçoit son don de guérison après son séjour au "royaume des morts". Aussitôt qu'il est entr
é dans ce village, une force se manifeste en lui et il guérit trois malades. Au cours de sa vie, il sera essentiellement connu du grand public pour ce don de guérison. Des milliers de guérisons lui sont attribuées. On
raconte même qu'il a ressuscité des morts à quelques reprises (cf. A.-H. Emmanuelli, op cit., p. 55).|Retourner au texte|
(33) Selon les témoignages que nous avons recueillis au
Bénin, il n'y a pas de consensus sur l'identification de cet être. Pour la
plupart, il s'agit de Jésus, mais d'autres affirment que c'est l'ange Gabriel qui
s'est adressé au prophète à ce moment-là.|Retourner au texte|
(34) Il faut sous-entendre ici le recours aux fétiches, aux
gris-gris (porte-bonheur), aux charlatans (voyants) et aux guérisseurs. Les
Chrétiens Célestes identifient à Satan toutes les manifestations
de type paranormal qui proviennent des religions traditionnelles africaines.|Retourner au texte|
(35) S.B.J. Oschoffa, op cit., p. 15.|Retourner au texte|
(36) Le prophète Oschoffa est présenté en opposition
au responsable de Ouidah, village où se trouve le temple de Dangbé, le Dieu-serpent.
Ce lieu est considéré comme étant le siège des armées de
Satan et Samuel Oschoffa en a fait le centre privilégié de ses attaques. "Dans ce
même Ouidah, toujours parlant du Bénin, se trouve le serpent qui a tenté notre
Seigneur Jésus-Christ dans le désert. On l'appelle Dangbé, "python". Il a ses
adeptes et son maître Gang-Béklunon se trouve au siège, c'est une maison
ronde de 25 m sur 15 m construite pour loger ces serpents fétiches. Là où la
force de Dieu réside, le diable implante son drapeau certainement. Le siège mondial
de la sorcellerie se trouve dans ce même Bénin et c'est un certain Dossou
Bénoît qui était le PDG. Aujourd'hui frère en Christ. La voix du
Sauveur fut entendue en ces termes." (Voir A.-H. Emmanuelli, op cit., p. 3.)|Retourner au texte|
(37) A la suite de menaces de mort, le prophète Oschoffa partit du
Bénin au mois de janvier 1976 et s'installa à Makoko, au Nigéria,
jusqu'à sa mort en 1985. En 1981, le Christianisme Céleste fut interdit au
Bénin pour des considérations politiques. Samuel Oschoffa avait alors
"prédit" la chute du gouvernement communiste de Kérékou qu'il associait
au règne de l'Antéchrist. Ce fut le seul groupe religieux interdit au Bénin.
Depuis 1990, le culte est autorisé de nouveau à la suite de la démocratisation
du pays.|Retourner au texte|
(38) Dans les langues locales, le sens de l'appellation varie sensiblement :
(39) La déclaration d'association est insérée
dans le Journal officiel du Dahomey du Premier novembre 1956, nø 28, p. 597, colonne 2
(l'acceptation de la demande date du 5 octobre 1956). (NDLR: Le Dahomey est l'ancien nom de
l'actuel Bénin.)|Retourner au texte|
(40) Celui-ci prévoit notamment l'expulsion en cas d'adultère et
interdit aux femmes menstruées d'assister au culte.|Retourner au texte|
(41) S.B.J. Oschoffa, op cit.|Retourner au texte|
(42) On y retrouve très peu d'éléments de doctrine car on considère la Bible comme complète à ce sujet.|Retourner au texte|
(43) Résolution prise dans la Constitution de 1980 éditée
au Nigéria (article 95). On a publié à l'époque un livret pour
expliquer aux fidèles des modifications et les ajouts aux cultes qui s'intitule : Ordre de
cultes et des cérémonies, République du Bénin, Imprimerie
C.N.P.M.S., 1980, 85 p.|Retourner au texte|
(44) Ibid., p. 3.|Retourner au texte|
(45) Ces communautés, en Occident, sont fréquentées
surtout par des immigrants venus d'Afrique. Peu de "Blancs" sont affiliés à
l'Église du Christianisme Céleste. D'autres Églises indépendantes
africaines ont développé des paroisses en Europe et en Amérique du Nord.
En Angleterre, certaines sont établies depuis les années soixante : The Church of
the Lord (1964), The Celestial Church of Christ (1964) et The Aladura International Church (1970).
Voir T.J. Thompson, New Religions and the New Europe. Aarhus: Aarhus University Press,
1995, p. 224-231.|Retourner au texte|
(46)Les chiffres recueillis auprès des fidèles ont varié
de 10 millions à 100 millions de fidèles à travers le monde. Les
"données officielles" varient aussi significativement. Dans le même ouvrage,
L'histoire est un témoignage, on mentionne successivement 35 millions de fidèles
(p. 3), 25 millions (p. 9) et 50 millions (p. 37). David Barrett les évalue à 40 000
dont la moitié au Bénin (cf. D.B. Barrett, op. cit.).|Retourner au texte|
(47) Les fidèles de l'Église ont été victimes de
discrimination pendant longtemps. Pour éviter de perdre un emploi, d'être
rejetés par leur famille, plusieurs ont opté pour une pratique clandestine de
leur foi.|Retourner au texte|
(48) Dans chaque paroisse, il y a au moins un membre en permanence pour
s'occuper des personnes qui viennent consulter l'Église pour obtenir ses divers services.
Dans certains cas, on garde les malades pour plusieurs jours (3, 7 ou 21 jours) pour les mettre en
sécurité contre les puissances diaboliques (Voir Église du Christianisme
Céleste, Sacrements, ordonnances et prescriptions, p. 30-31).|Retourner au texte|
(49) Ces quelques pistes de réflexion ont été
élaborées à partir des témoignages de convertis que nous avons
recueillis au Bénin pendant l'été 1994. Pour comprendre le
phénomène, de façon plus générale, des conversions aux
nouvelles religions en Afrique, voir C. Dillon-Malone, "Religions nouvelles en Afrique",
Concilium, nø 181, 1983, p. 105-113.|Retourner au texte|
(50) Plusieurs Africains sont persuadés que les prêtres leur
cachent des secrets et possèdent des pouvoirs qu'ils refusent de dévoiler aux
fidèles. C'est la même raison qui explique l'engouement des Africains pour les
sociétés secrètes occidentales (Rose-Croix, Franc-maçonnerie,
Eckankar, etc.). Voir Rose-Croix et foi chrétienne. Conférence
épiscopale de Côte d'Ivoire, 1978, 16 p.|Retourner au texte|
(51) Ordre de cultes et des cérémonies, op. cit., p. 47.|Retourner au texte|
(52)S.B.J. Oschoffa, op cit., p. 12.|Retourner au texte|
1 (53) Ibid., p. 11.|Retourner au texte|
(54) Ibid., p. 20.|Retourner au texte|
(55) Ibid., p. 22.|Retourner au texte|
(56)Ce sont les livres suivants : le livre d'Esther, de Judith, de Tobit, de la Sagesse, du Siracide, de Baruch, le premier et le deuxième livres des Maccabées et la lettre de Jérémie.|Retourner au texte|
(57)Nous avons noté que seulement deux autres anges sont
invoqués lors des cérémonies: Jimata, l'ange de l'eau et de tout ce qu'elle
contient, et Jérimo Yaman, qui contemple la lumière et la splendeur de Dieu.|Retourner au texte|
(58) Les données présentées ici sont tirées
de Sacrements, ordonnances et prescriptions, p. 7-18.|Retourner au texte|
(59) S.B.J. Oschoffa, op cit., p. 36.|Retourner au texte|
(60) Les fonctions hiérarchiques sont ouvertes à tous les
hommes de 21 ans et plus. Les femmes ont leurs propres organisations en parallèle
à celles des hommes (voir Tableau 2).|Retourner au texte|
(61) On se réfère au chapitre 12 de la première
épître aux Corinthiens pour justifier la multitude de dons qui se manifestent chez
les fidèles.|Retourner au texte|
(62) Idem.|Retourner au texte|
(63)Elle est divisée en trois groupes : Groupe 1: apprentissage de la prière pour les enfants; Groupe 2 : apprentissage de la lecture pour les adultes analphabètes désirant apprendre à lire la Bible; G
roupe 3 : apprentissage de la doctrine et réflexion sur les messages bibliques.|Retourner au texte|
(64) Réservée aux fidèles ayant reçu au
moins deux onctions, l'école de la prédication prépare les leaders à
diriger les offices religieux.|Retourner au texte|
(65) L'école de la prière est celle qui attire le plus de
fidèles. Il s'agit de petits groupes de personnes (une douzaine au maximum) qui se
réunissent une fois par semaine ou au besoin pour prier pour leurs proches.|Retourner au texte|
(66) La plupart du temps, cette fonction est comblée par un
fidèle à la retraite. Si le leader permanent n'a pas les moyens financiers pour
subvenir à ses besoins, la communauté doit lui verser un salaire et lui fournir un
logement.|Retourner au texte|
(67) Pour l'instant, le poste de prophète-pasteur est vacant. Il n'y
a pas de consensus pour nommer un successeur et Samuel Oschoffa n'avait pas prévu sa
succession. C'est Benoît Agbassi qui, depuis le décès du fondateur en 1985,
assume cette fonction "par interim".|Retourner au texte|
(68) Les "clients" qui consultent les visionnaires sont sollicités pour
faire un don mais l'argent est totalement remis à la paroisse pour couvrir les frais de ses
activités.|Retourner au texte|
(69) Il est possible de comparer le rôle que joue la vision dans
l'Église et la conception traditionnelle du Fa, mode de divination traditionnelle. Ce type de
divination compose les trois types de révélations que nous avons vus plus haut. Sur
ce point, nous pensons que la divination des Chrétiens Célestes est fortement
influencée par les formes traditionnelles d'art divinatoire. Cependant, à notre
connaissance, la divination traditionnelle n'agit que sur consultation, jamais spontanément
comme c'est régulièrement le cas chez les visionnaires de l'Église du
Christianisme Céleste. En dernier lieu, précisons que les Chrétiens
Célestes insistent sur le fait qu'il est inutile de recourir au Fa, mettant en ouvre des forces
douteuses ou mauvaises, alors que Dieu lui-même se laisse consulter.|Retourner au texte|
(70) C'est l'expression utilisée par les fidèles pour
décrire l'état d'extase dans lequel le visionnaire devient un canal pour l'Esprit Saint.
On dit qu'il "rentre en chair" ou "est ramené en chair" lorsqu'il revient à sa propre
conscience.|Retourner au texte|
(71) Plusieurs outils de discernement sont employés pour vérifier
la nature des esprits invoqués. Par exemple, on croit que le Saint Esprit parle aux
visionnaires toujours dans son oreille droite. Si c'est dans l'oreille gauche, on croit que c'est une
créature maléfique qui s'est manifestée. En cas de doute, le visionnaire doit
se référer à un autre visionnaire, supérieur à lui dans la
hiérarchie, pour vérifier quelles sont les forces en présence.|Retourner au texte|
(72) A.-H. Emmanuelli, op cit., p. 25.|Retourner au texte|
(73) Le fonctionnement des différents comités est
décrit en détails dans le Règlement intérieur publié
en 1992.|Retourner au texte|
(74) D'après certains propos recueillis, le Comité national du
Togo menace même de faire un schisme si l'on ne décentralise pas plus les pouvoirs de
décision.|Retourner au texte|
(75)A. Rétif, "Pullulement des Églises nègres"
, Études, septembre 1959, p. 186.|Retourner au texte|
(76) C. Lesegrétain, "Les défis aux Églises
traditionnelles", Actualité religieuse dans le monde, 15 mai 1993, p. 12.|Retourner au texte|
N'aie pas peur, le Seigneur de toute la création veut te charger d'une
mission. De tout temps, les hommes m'adoraient, mais tous n'entraient pas dans
mon royaume, car, dans les épreuves, ils recouraient aux ouvres sataniques
(34) et quand il mouraient, je ne les
recevais plus car ils avaient bu aussi bien dans la coupe de Dieu Tout-Puissant
que dans celle de Satan. Cela fait pitié, mais pour éviter
désormais pareil sort à mes adorateurs, je te charge, toi Samuel
Oschoffa, de fonder une religion dont les membres n'adorent que Dieu.
L'organisation se réduit donc à une règle morale
(40), à une réglementation
du déroulement des cultes et en quelques éléments de
discernement spirituel portant sur les visions.
L'Église du Christianisme Céleste a la vocation de rendre à
Dieu le culte qui lui est dû sous la forme humble et pleine de pitié
excluant toutes pratiques ou croyances sataniques, superstitieuses ou animistes.
Les dévotions consacrées à tout autre qu'à Dieu
sont contraires à ses principes de base.
(52)
Le Christianisme Céleste n'est sorti d'aucune religion mère ni
d'aucune secte quelconque. Il a plu à Dieu, devant les multitudes de
religions plus ou moins sectaires introduites sur le sol africain, de donner à
l'Afrique cette Église primitive, teintée du sang des martyrs, cette
Église sans tache ni ride, Épouse de Jésus-Christ :
l'Étoile du matin, l'Agneau de Dieu, le Rocher de notre salut, le Grand
Médecin, le Fils unique de Dieu, celui qui peut nous sauver de nos
péchés.(53)
- posséder sa robe de prière (robe blanche);
- posséder sa Bible et connaître les éléments
essentiels de l'Évangile;
- avoir accompli deux années de présence active dans
l'Église;
- se dévouer aux causes de l'Église et de sa paroisse;
- faire preuve d'esprit de discipline et avoir le sens des responsabilités;
- avoir une tenue correcte.
Deuxièmement, elles ont l'obligation d'ajuster leur action politique et
sociale en fonction des transformations actuelles des sociétés
africaines. L'émergence des Églises indépendantes africaines
est le résultat d'un mécontentement vis-à-vis de la domination
blanche des Églises missionnaires qui s'inscrit dans la continuité du
slogan politique : "L'Afrique aux Africains". Cette pensée ne s'inspire pas
d'hostilité raciale mais d'un désir légitime
d'autodétermination. Maintenant, plutôt que de dénoncer les
pouvoirs établis, certaines cherchent à s'unir aux autres institutions
pour chercher des solutions aux problèmes sociaux qui affligent les
différents pays africains : chômage, famine, inégalités
sociales, etc.
-en zoun : agun wiwe olon ton (Sainte assemblée du ciel);
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-en yoruba : ijo mino ti kristi lati orunna (Sainte assemblée du Christ du ciel);
-en mina : dzifo kristoha kokoe (Assemblée chrétienne sainte).