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Thérèse de Lisieux, 2001, Histoire d'une âme, selon la disposition originale des textes authentiques présentés et annotés par Conrad de Meester, coll. " Trésors de la spiritualité chrétienne ", Moerzeke, Belgique, Carmel-Edit pour la version française, éditions du Sarment, 307 p. |
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Jacques Gauthier, 2001, Entretiens avec Thérèse de Lisieux, Ottawa, Université Saint-Paul, Novalis, 141 p. |
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Lannée 1997 a marqué le premier centenaire de la mort de Thérèse Martin, dite de lEnfant-Jésus et de la Sainte-Face, et sa proclamation au titre de docteur de lÉglise. Seulement trente hommes et deux autres femmes, Thérèse dAvila et Catherine de Sienne, ont eu droit à cet insigne honneur, décerné par lÉglise catholique aux saints et saintes qui à son jugement, ont marqué dun sceau indélébile lhistoire de la théologie et de la spiritualité chrétiennes. Le 20 octobre 1998 commémorait pour sa part le centenaire de la première édition dHistoire dune âme, le récit autobiographique de la carmélite de Lisieux. Ces deux anniversaires ont donné lieu à la parution dun grand nombre douvrages à la gloire de celle que Pie X nomma " la plus grande sainte des temps modernes ". Mais, depuis, le flot de publications ne sest pas tari. |
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Conrad de Meester, carme à Louvain, est un spécialiste reconnu des études thérésiennes. La présentation quil nous fait ici de lHistoire dune âme a le grand mérite de nous donner à lire ce " chef-duvre du patrimoine chrétien enfin restitué à la vérité de Thérèse ", comme il est dit dans la présentation. Pendant un siècle, en effet, bien des mains sétaient crues autorisées à retoucher, à corriger, voire à édulcorer le récit de la jeune moniale, pour le rendre tantôt plus correct du point de vue de la syntaxe ou de la ponctuation, et tantôt plus édifiant. On sétait permis de remanier, entre autres, certains passages qui exposent avec une étonnante franchise le trouble profond et la souffrance extrême que lui causaient les doutes déchirants qui ont marqué son itinéraire spirituel dans ses dix-huit derniers mois, alors quelle subissait les ravages de la tuberculose qui allait lemporter à vingt-quatre ans. Le Ciel, qui lavait tant attirée, ne lui apparaissait plus que comme " un sujet de combat et de tourment ". De toutes ses forces, elle voulait y croire, mais, contre toute attente, elle en vint à " sentir quil y a véritablement des âmes qui nont pas la foi ". Jamais elle naurait cru pouvoir un jour les comprendre. Mais la pauvre enfant en était là. |
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Dès sa première édition, le manuscrit de Thérèse a subi des centaines de modifications. Tout cela, on veut bien le croire, a été fait avec les meilleures intentions du monde, mais on ne peut néanmoins que le regretter avec le père de Meester. Les trois surs de Thérèse, Pauline, Marie et Céline, qui partageaient sa vie au Carmel de Lisieux, malgré ladmiration sans bornes quelles vouaient à leur cadette, avaient quelque peine à comprendre sa " petite voie ". La spiritualité carmélitaine dans laquelle elles baignaient faisait la part plus large à la crainte de la justice de Dieu, quon cherche à se concilier à coup de mérites, quà labandon du petit enfant qui se blottit avec confiance dans les bras de Jésus et espère tout de lui. Le feu de lamour peut tout embraser, tout purifier, tout consumer. Cest à ce feu que Thérèse sabandonne sans réserve, même quand elle voyage dans le " sombre tunnel " dont elle ne verra jamais la fin en cette vie. |
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On le sait, cest à la demande de Pauline, sur Agnès de Jésus, qui est alors prieure, que Thérèse entreprend le récit de son enfance, de son adolescence et de ses premières années de vie monastique. Nous sommes en 1895, notre héroïne a alors vint-deux ans. Cest une conteuse née. Elle sait rapporter une anecdote avec vivacité. Si son manuscrit témoigne par moments de beaucoup de candeur naïve, Thérèse se révèle parfois dune perspicacité étonnante. Elle possède lart de nous offrir beaucoup à lire entre les lignes. Certains pourront être agacés par son style trop fleuri et par la mièvrerie de certains de ses propos. On a le sentiment, en la lisant, dentrer dans un univers préservé, dune grande piété et très " vieille France ". Elle compose avec facilité ; elle le dit, et on la croit demblée. Elle répète à quelques reprises navoir toutefois aucune prétention littéraire. Elle insiste nécrire que par obéissance. Tout ce quelle veut cest chanter " les Miséricordes du Seigneur ". |
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Le 3 juin 1897, elle entreprend la seconde partie de son autobiographie à la demande de sa nouvelle prieure, mère Marie de Gonzague. Quand elle y met le point final, elle est complètement épuisée ; elle narrive plus à tenir sa plume. Elle séteint le 30 septembre de la même année. |
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Outre ces deux manuscrits, le livre en présente un troisième, dont on a pu dire quil était le testament spirituel de Thérèse. Écrit à la demande de sa sur Marie, en religion Marie du Sacré-Cur, il ne comporte que dix feuillets. Les deux premiers sont adressés à sa sur, dans les huit autres elle parle directement à Jésus. Tantôt lettre, tantôt chant lyrique, tantôt prière ou enseignement, il faut renoncer à classer ce document dans un genre littéraire particulier. Il date de septembre 1896. Depuis six mois, la " prisonnière " du Carmel est entrée dans son " épreuve de la foi ". Cest un cri damour éperdu, dun lyrisme incandescent, quelle laisse jaillir au milieu de sa nuit intérieure. Jésus lui a révélé ses " secrets " ; il a instruit l" enfant impuissante et faible " quelle est de la " science dAmour ". Là réside sa conviction profonde. " Ma folie à moi, finit-elle par sécrier, cest despérer que ton Amour maccepte comme victime. " Ces derniers mots évoquent loffrande quelle fit delle-même " à lAmour Miséricordieux du Bon Dieu ", le 9 juin 1895. |
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Outre le texte de cette " Offrande ", le livre présente douze " notes doctrinales " sur quelques-uns des thèmes privilégiés par Thérèse, comme lamour de Dieu et du prochain, la miséricorde, la foi, le Ciel, la souffrance, la prière et, par-dessus tout, sa fameuse " petite voie ", qui a révolutionné, dès quelle fut connue grâce à la publication dHistoire dune âme, la spiritualité chrétienne. En remplaçant la peur par la confiance et la course aux mérites par labandon à lamour inconditionnel de Dieu, la jeune carmélite soffrait et donnait au monde un antidote au jansénisme triomphant de son temps. |
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Le livre de Conrad de Meester comporte une préface, une introduction générale et une introduction pour chacun des manuscrits. On trouve aussi en annexe un fac-similé de lécriture de Thérèse, la généalogie de sa famille et quelques repères chronologiques significatifs pour la compréhension de sa personne et de son uvre. Ce livre est précieux, tant pour les personnes qui auraient déjà lu des versions édulcorées de lautobiographie thérésienne que pour celles qui veulent établir un premier contact avec la " vraie " Thérèse. |
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Les Entretiens avec Thérèse de Lisieux, que nous propose Jacques Gauthier, consistent en un échange imaginé entre la petite religieuse normande et lauteur. Monsieur Gauthier a déjà consacré un essai à la sainte carmélite ainsi que deux récits. Est-ce assez dire lintérêt, voire même lattachement quil lui porte ? |
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Pour établir le texte des réponses de Thérèse aux questions quil lui pose, lauteur sappuie sur lédition critique de Conrad de Meester. Comme lui, il se réfère au premier manuscrit dont nous avons parlé plus haut, en le désignant par linitiale de sa destinatrice : " A " pour mère Agnès de Jésus ; le deuxième : " G ", pour mère Marie de Gonzague et " M ", pour le troisième, adressé à sur Marie du Sacré-Cur. Par ailleurs, il citera une autre série de textes tirés de sa correspondance, de ses poésies, de ses prières, de ses récréations pieuses et de ses derniers entretiens, sappuyant pour ce faire sur les Oeuvres complètes. Thérèse de Lisieux, un ouvrage publié par les Éditions du Cerf-DDB (1996 [1992]). Toutes les références aux textes de Thérèse se retrouvent à la fin du livre et permettent aux personnes intéressées de replacer les brefs extraits retenus dans leur contexte. |
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Dans son introduction, Jacques Gauthier annonce les grands thèmes quil a privilégiés pour présenter la spiritualité thérésienne. Allant demblée à lessentiel de son message, il fait parler Thérèse du " secret " de sa vie mystique : " vivre damour ". Cest dans le manuscrit adressé à sa sur Marie, mais aussi dans ses lettres, dans ses poésies et ses prières, que lauteur va puiser les réponses de la sainte aux questions quil lui pose. Le deuxième chapitre sintitule " Chanter les miséricordes du Seigneur ; lécriture ". Ici, cest surtout à travers les deux premiers manuscrits quon entend la voix de Thérèse. Vient ensuite " Une petite voie de sainteté : la confiance ", où la correspondance de Thérèse est habilement exploitée. Dans le chapitre suivant, il est question de " Lespérance en la miséricorde : labandon ". Vient ensuite " Le désir qui fait vivre : Jésus ". Un autre chapitre nous introduit au cur de la prière thérésienne, appelée ici " Un cur à cur quotidien ". Après nous avoir présenté " La nuit de la foi : la souffrance ", lauteur conclut son tour dhorizon par lévocation de la place que sest donnée Thérèse dans la communion des saints : elle sera " Au cur de lÉglise : lamour ". Louvrage se termine par une prière adressée à Thérèse qui est en même temps une louange à la Trinité. |
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On aura sans doute remarqué que je nai pas fait suivre la nomenclature de tous les chapitres de lénoncé des sources auxquelles a puisé monsieur Gauthier. Jai seulement voulu signaler pour les trois premiers la diversité de ces sources. Lauteur témoigne dans cet exercice dune connaissance approfondie de lunivers thérésien, et il faut lui savoir gré de nous y avoir amenés, même si cest au pas de course ! Les voyages guidés ont lavantage de beaucoup montrer en peu de temps, mais de laisser aussi certains participants sur leur appétit. On me dira que ceux-ci nont quà revenir, et on aura raison. Jacques Gauthier aura, je lespère, fait naître ce genre de curiosité dans cette portion de son public lecteur qui découvre avec lui la " petite Thérèse " pour la première fois. |
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Il est sans doute peu souhaitable de comparer les deux ouvrages que je présente ici très brièvement ; leur facture est trop différente, et pourtant il est difficile de sen abstenir tout à fait. Conrad de Meester nous offre, sans retouches ni coupures, trois manuscrits dune importance majeure. Il les complète de quelques notes explicatives. De son côté, Jacques Gauthier mène lentretien avec son héroïne, il lui fait redire, avec ses mots authentiques et en la poussant à livrer lessentiel de son message, jen conviens, ce quil juge pour nous important de retenir de son uvre. Jaurais mauvaise grâce à lui chercher querelle pour cela. Tous les auteurs dessais ne font-ils pas de même ? Il reste que, pour goûter Thérèse, il faut plonger dans sa prose foisonnante telle quelle a jailli de sa plume alerte et pressée. Les " morceaux choisis " révèlent sans doute la mystique, mais relèguent dans lombre la jeune femme charmeuse quelle était. Ils gomment aussi quelques-uns de ses paradoxes, quelle na pas su ou pas voulu cacher. Mais ceci est une autre histoire. |
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Quand on connaît les divers portraits de Thérèse et ils sont nombreux , on constate quà mesure que le temps passe et que la souffrance laisse sur elle sa marque, son regard gagne en profondeur ce quil perd en éclat. Qui la lit avec attention, patience et empathie trouve sous sa plume tout à la fois léclat et la profondeur. À ces deux qualités, quand elles sallient, on pourrait donner le nom de ferveur. Depuis un siècle, elle a mieux que personne montré comme elle savait la communiquer avec une grâce sans pareille. |
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Marie Gratton |
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Université de Sherbrooke |