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Ethan DOYLE WHITE. 2016.  Wicca: History, Belief, and Community in Modern Pagan Witchcraft. Eastbourne : Sussex Academic Press, 275 p.

 

 

décembre  2017  (date de mise en ligne)

 

recension de
Nicolas Boissière, Université du Québec à Montréal

 


Bien qu’elle ne soit née qu’au tournant de la seconde moitié du XXe siècle, la Wicca constitue aujourd’hui un mouvement religieux particulièrement dynamique. Dans Wicca : History, Belief, and Community in Modern Pagan Witchcraft, Ethan Doyle White, archéologue et chercheur en Pagan Studies affilié à la University of College London, en offre un portrait général qui s’appuie à la fois sur des écrits de pratiquants et sur des recherches scientifiques. Après une introduction présentant notamment la terminologie (l’étymologie du mot « Wicca » lui-même et la notion de « sorcellerie » pour la désigner) ainsi que la façon dont la Wicca est conceptualisée (comme une tradition « païenne », « centrée sur la Nature » et « occulte »), l’ouvrage se découpe en trois parties.

 

Dans la première partie, « Wiccan History », l’auteur s’intéresse à son développement, depuis sa création en Angleterre à la fin des années 1940 jusqu’à sa transnationalisation dans le reste du monde à partir des années 1960. Doyle White documente, de manière très détaillée, la fondation de la Wicca par un britannique, Gerald Brousseau Gardner (1884-1964), suite à son retour en Angleterre (chap. 2 et 3). Passionné d’ésotérisme, cet ancien fonctionnaire colonial façonna son propre système « magico-religieux » (p. 5) en combinant plusieurs éléments pseudo-historiques (la théorie d’un culte de fertilité paléolithique qui aurait perduré clandestinement à travers l’histoire), cosmologiques et rituels (dont ceux de la magie cérémonielle d’Aleister Crowley, de la Franc-maçonnerie, du spiritisme et de la Société Théosophique). Tout en se développant localement du vivant de Gardner, la Wicca s’est également diffusée à l’échelle internationale, grâce à deux facteurs : l’installation de pratiquants britanniques dans d’autres pays, principalement aux États-Unis et en Australie, et la publication des premiers guides de présentation de la tradition, permettant ainsi à chacun de s’auto-initier (chap. 4 et 5). Sous l’influence de l’arrivée massive de militants féministes, gays et écologiques, la Wicca prit sa forme actuelle au cours des années 1970 et 1980 (chap. 6) : une religiosité qui a pour trait commun la célébration de la Nature via, entre autres, des pratiques magiques, mais qui se subdivise en différentes branches, se distinguant selon leurs origines (comma la Wicca « gardnérienne » qui revendique l’héritage direct de Gardner), leurs publics (avec certains groupes réservés uniquement aux femmes ou aux hommes homosexuels) et leurs orientations théologiques (comme le mouvement du Reclaiming Witchcraft, forme d’écospiritualité féministe). Durant les années 1990 et jusqu’à nos jours, la Wicca gagna encore en popularité, tout particulièrement auprès du public adolescent, en raison du succès de films et de séries télévisées mettant en scène la sorcellerie, de la parution de nouveaux livres d’auto-initiation et de l’usage de plus en plus généralisé d’Internet (chap. 7).

 

Dans la seconde partie, « Belief and Praxes », Doyle White expose les principes centraux du système de représentations et de rites de la Wicca. D’un point de vue religieux, celle-ci s’articule autour de deux grands éléments : l’exercice de la magie qui, tout en reposant sur une morale et une éthique précise, permet à ses pratiquants de manipuler les énergies naturelles dans des buts divers (chap. 8 et 11) ; et la vénération d’un couple divin — le « Grand Dieu » ou le « Dieu Cornu » et la « Grande Déesse » (chap. 9). Sur le plan sacerdotal, deux types de modalités organisationnelles se rencontrent aussi avec, d’un côté, des pratiquants se réunissant en groupe (appelé coven), placé sous la direction d’un « Grand Prêtre » et/ou d’une « Grande Prêtresse » et, de l’autre côté, des individus vivant seuls leur religiosité (chap. 10). Exécutées en solitaire ou collectivement, les pratiques rituelles wiccanes sont multiples : rituels magiques effectués selon des intentions particulières, cérémonies saisonnières suivant le calendrier liturgique wiccan (la « Roue de l’année ») et rites de passage soulignant autant la naissance, la conjugalité, la mort ou tout autre événement jugé important (chap. 12, 13 et 14).

 

La troisième et dernière partie, « Wiccan Life », est un aperçu des caractéristiques socioculturelles majeures de la communauté wiccane, établie maintenant partout sur la planète. À partir d’une synthèse de la littérature savante, Doyle White décrit le processus de conversion à la Wicca en insistant sur le « comment » et le « pourquoi » (chap. 15). Même si leurs trajectoires spirituelles sont toujours singulières, il semble que les pratiquants ont choisi cette tradition pour les mêmes raisons : l’accent mis sur le féminin sacré, l’éthique d’harmonie avec la Nature et le pouvoir de libération et de croissance personnelle qu’implique l’utilisation de la magie. La mobilisation de la littérature existante permet à l’auteur d’aborder également d’autres aspects de la communauté wiccane : le nombre de pratiquants et leurs profils sociodémographiques ; la présence de la Wicca en ligne ; ses différents statuts juridiques de par le monde ; et diverses manifestations de la culture wiccane, comme la musique, l’humour ou la tenue de festivals wiccans (chap. 16 et 17). Pour terminer, Doyle White dresse un historique de la recherche sur la Wicca, en commentant aussi bien les premières enquêtes scientifiques qui l’ont prise pour objet d’étude que les travaux menés plus récemment (chap. 18).

 

Structuré autour de chapitres bien agencés et synthétiques, l’ouvrage de Doyle White est une excellente présentation de la Wicca qui s’arrête sur tous les aspects essentiels de ce mouvement religieux. Rédigé dans un langage clair et accessible tant aux néophytes qu’aux chercheurs, il contient une multitude de références toujours finement contextualisées en fonction de la position de leurs auteurs (pratiquants ou chercheurs), dénotant un travail bibliographique considérable. En début d’ouvrage, Doyle White indique qu’il souhaite offrir aux étudiants, chercheurs et lecteurs curieux une introduction académique sur la Wicca : pari entièrement réussi, faisant de ce livre une référence désormais incontournable.

 

Lien:  http://www.religiologiques.uqam.ca/recen_2017/2017_EDoyleWhite.htm